Que sont devenus les trônes des beys de Tunisie ?

beys de tunis
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque Nationale de France

C’est au détour d’une conversation avec un ami passionné par le patrimoine et actif pour sa sauvegarde sur les plans scientifique et militant que la question a fusé.

Une dizaine de trônes dans les réserves de Kassar Said

Que sont devenus les trônes des beys de Tunisie ? Mon ami, Khaled Hizem, est un fin connaisseur de cet aspect de notre patrimoine et, au détour de notre conversation, il me révèle avoir vu récemment ces trônes de la dynastie husseinite.

En fait, ces trônes sont nombreux, à peu près une dizaine et ils se trouvent actuellement dans les réserves du musée de Kassar Said.

De Beit el Bacha à Beit el Mahkama

Les plus importants de ces trônes avaient servi au palais du Bardo, dans l’aile qui abrite actuellement l’Assemblée des représentants du peuple.

Ils sont au nombre de deux. Le premier était le trône de Beit el Bacha, la salle d’apparat qui se trouvait après la fameuse galerie des glaces du Bardo, la célèbre Beit el Bellar. Le second de ces trônes se trouvait dans la salle de justice du palais, la réputée Beit el Mahkama.

Deux trônes husseinites délaissés

Ces deux trônes husseinites comptent parmi les potentielles pièces maitresses du futur musée devant être dédié à la mémoire beylicale et dont la création est toujours reportée aux calendes grecques.

Ornés des armoiries beylicales, en bois sculpté et doré, recouverts de velours rouge, ces trônes beylicaux sont des objets de mémoire qui renseignent sur le faste de la cour husseinite et méritent d’être exploités muséographiquement.

En ce 18 avril, journée internationale des musées, il est temps de leur rendre leur dignité, les sortir de l’anonymat des réserves et les restituer au peuple tunisien.

A quand un musée pour l’histoire des dynasties tunisiennes ?

Laminée durant les années Bourguiba, relativement restaurée sous Ben Ali, la mémoire des beys de Tunisie est incontestablement le parent pauvre de l’histoire et de la muséographie tunisiennes. Pourtant, cet oubli – voire cette occultation – ne devrait pas perdurer alors que l’héritage de Ahmed Bey, Kheireddine Pacha ou Moncef Bey est toujours vivace.

Il y a de la place parmi les musées tunisiens pour une institution relative à la mémoire des Mouradites ou des Husseinites. D’ailleurs quelle est la présence des Hafsides ou des Aghlabides dans nos musées ? Et, surtout, pourquoi ne pas remettre à l’honneur ces dynasties du passé avec lesquelles la République n’a pas de contentieux?

« Zéro de Conduite » et coupables incuries

Au lieu de cela, la nécropole husseinite de Tourbet el Bey est fermée au public alors que les trônes beylicaux croupissent dans l’anonymat poussiéreux des réserves d’un musée anonyme et fermé.

Quant à la dernière résidence de Lamine Bey, elle accueille aujourd’hui l’Académie tunisienne, après avoir vécu une triste et humiliante parenthèse lorsque ce palais de Carthage avait été transformé en une boite de nuit, le fameux « Zéro de conduite » qui était animé par la jeunesse dorée des premières années de la République. Ne parlons pas des bijoux de la couronne, également livres a leur triste sort…

Pour que cesse ce contentieux anachronique avec les Husseinites

Le projet d’un musée de la mémoire beylicale ou même des dynasties tunisiennes mériterait d’être pensé et activé. Plusieurs de nos spécialistes et militants, à commencer par Khaled Hizem, pourraient contribuer à sa création. Pour que cesse une fois pour toutes ce contentieux désormais anachronique avec la mémoire beylicale.

Un fragment de notre identité

Ces trônes quasiment abandonnés sont en effet un pan de notre mémoire, un fragment de notre identité et, à ce titre, ne méritent pas d’être délaissés, relégués dans l’oubli…

Pour terminer, je vous invite à découvrir le travail infatigable et les recherches de Khaled Hizem en ce qui concerne la mémoire palatiale tunisienne. Certains d’entre vous ont peut-être lu, hier, sa contribution dominicale au magazine du quotidien « La Presse ». A vous d’aller plus loin en découvrant ses nombreux posts sur Facebook et mieux connaitre ainsi les travaux d’un chercheur de la nouvelle génération…

H.B.

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