Le patrimoine bourguibien ressuscité !

Habib BourguibaTunis Hebdo | Seize années après sa disparition, et une trentaine d’années après avoir été écarté du pouvoir, le fondateur de la République Tunisienne, Habib Bourguiba, est encore au centre de toutes les discussions.

La commémoration de sa mort a pris cette année une autre dimension, probablement à cause de la présence de Béji Caid Essebsi à la plus haute instance de l’Etat, ce dernier ayant régulièrement puisé dans une partie seulement de l’héritage bourguibien, sa manière de s’adresser au peuple, dans le verbe.

« le Père de la Nation » est encore bien présent dans les esprits

Mais, il est frappant de constater que « le Père de la Nation » est encore bien présent dans les esprits. Son nom ainsi que son souvenir et ses images, qui ont orné ces derniers jours l’entrée de sa ville natale, Monastir, ne resteront pas seulement gravés dans la conscience des Monastiriens mais chez tous les Tunisiens qui saluent le génie d’un homme qui aura, quoiqu’on dise, façonné la Tunisie.

L’héritage bourguibien est multiple, complexe et peut autant susciter la polémique que l’admiration. Mais il y a une chose extraordinaire qui se produit, c’est qu’il demeure vivace et bien ancré dans l’inconscient tunisien.

C’est d’ailleurs au nom de Bourguiba et en s’appuyant sur sa démarche et ses idées que la Tunisie moderniste a pu réaliser ce sursaut salvateur qui lui permet actuellement de lutter contre les idées rétrogrades qui traversent la société et contre le terrorisme.

Ses ennemis éternels font dans l’hypocrisie

Cette renaissance de l’image du leader a fait que l’on s’arrache aujourd’hui son legs alors que ses ennemis éternels font dans l’hypocrisie en reconnaissant sur le bout des lèvres son mérite alors qu’ils avaient essayé de balayer son souvenir lorsqu’ils étaient seuls au pouvoir pendant le règne de la Troïka.

Aujourd’hui, toutes les forces centristes, ou qui se présentent comme telles, voudraient s’approprier l’héritage bourguibiste. De Nidaa Tounès au mouvement de Mohsen Marzouk, le Projet pour la Tunisie, ou les diverses formations destouriennes, toutes veulent coller leur image à celle de Habib Bourguiba.

En fait, cette « bataille » autour et pour Bourguiba a des objectifs politiques claires. Ses auteurs savent que le sillon tracé par le « Zaim » est très profond et que de nombreux tunisiens gardent de lui un brillant souvenir, de la fascination pour le personnage politique qu’il fut, pour son charisme, et pour son intégrité, le seul qui ne s’est pas rempli les poches durant son règne…

Le nom de Bourguiba vaut encore son pesant d’or sur la « balance électorale »

Autrement dit, le nom de Bourguiba vaut encore son pesant d’or sur la « balance électorale », et ses partisans peuvent encore en tirer profit alors que ses pourfendeurs peuvent y laisser des plumes.

Les élections de 2014 l’ont démontré avec notamment la victoire de Nidaa Tounès et surtout celle de Béji Caid Essebsi qui doit son élection au vote des femmes, celles qui défendent avec le plus d’ardeur, à juste titre d’ailleurs, l’héritage de Bourguiba.

Le patrimoine bourguibien doit cependant être abordé avec objectivité et sans passion. Il ne s’agit pas de le défendre mais simplement de l’étudier.

Entendons-nous d’abord sur une chose : Bourguiba n’a pas fondé une idéologie, c’est-à-dire que ses idées ne constituent pas un système qui peut former un corps de doctrine philosophique et politique à la base d’un comportement individuel ou collectif, un ensemble de représentations dans lesquelles les hommes vivent leurs rapports à leurs conditions d’existence.

La démocratie, selon Bourguiba, pouvait attendre !

Bourguiba a plutôt consacré un idéal, celui de voir la Tunisie s’ancrer dans la modernité. Celle-ci est cependant limitée aux aspects socio-économiques. Car et sur le plan politique, et sans nous étendre sur cet aspect, l’analyse du pouvoir bourguibien peut être assimilé à une « monarchie républicaine » où le pouvoir personnel ne pouvait souffrir d’aucune espèce de contradiction ou de contestation.

Les ouvertures « démocratiques » du pouvoir sous son règne ne se sont faites que sous la pression de faits historiques qui avaient mis en danger le pouvoir lui-même. La démocratie, selon Bourguiba, pouvait attendre ! Le plus urgent était à ses yeux le développement socio-économique.

Et c’est sur cette idée qu’il fonda son modèle de société, sur la nécessité de repousser tout ce qui peut retarder ou ralentir le progrès social en misant sur la libération de la femme afin qu’elle puisse servir de moteur au développement intellectuel et culturel des générations futures, et de la hisser au même rang que l’homme, une résolution qui fait de lui l’un des leaders les plus brillants et les plus courageux, non seulement de son époque mais de l’histoire des pays arabo-musulmans.

Il a essayé de repousser la misère sociale
en investissant dans le développement des esprits

Il a essayé de repousser la misère sociale en investissant dans le développement des esprits à travers une politique éducationnelle unique dans les pays du tiers-monde à l’époque, et qui demeure jusqu’ici, et malgré ses ratés ultérieurs, une exception.

La Tunisie de Bourguiba a construit les écoles, les lycées, les universités, les maisons de culture, les maisons de jeunes, les salles de cinéma. Elle a aussi mis en place les festivals de cinéma, de théâtre, de musique.

Elle a vu aussi fleurir les ciné-clubs, les clubs de théâtre, etc. Il a donc tenté d’éradiquer la pauvreté spirituelle et matérielle, une lutte qui demeure d’actualité dans notre pays.

Il a, enfin, construit cet Etat, cette administration dont les institutions ont pu préserver l’unité du pays contre toutes les tentatives de le désarticuler après le 14 janvier avec les tentatives d’instauration d’institutions parallèles ou contre les attaques terroristes.

Bourguiba a fait preuve de pragmatisme

Autrement dit, Bourguiba a adopté un principe, celui de la modernité, a fait preuve de pragmatisme dont tout le monde reconnaît à la fois le génie et le talent, et a construit un Etat aux solides fondations.

Il s’agit aujourd’hui non pas seulement de demeurer fidèle à son idée fondatrice mais de trouver et de développer un nouveau modèle économique afin de permettre de réaliser l’un des rêves de Bourguiba, celui de la prospérité dont il rêvait pour son peuple, mais qu’il n’a pas pu accomplir de manière juste de son vivant…

L.L.

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