«Les origines du protectorat français en Tunisie» : L’histoire, qui peut recommencer,...

«Les origines du protectorat français en Tunisie» : L’histoire, qui peut recommencer, d’un pays vendu aux enchères

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Adel Lahmar p 4Comment en est-on arrivé à ce 12 mai 1881, qui a vu l’établissement en Tunisie du «protectorat» français ? Pour répondre à cette question, pas si simple, les historiens doivent se pencher sur une quantité impressionnante de documents, entre livres, archives et manuscrits. Mais pour le lecteur non avisé, un livre, et un seul, peut s’avérer suffisant pour faire le tour de la question.

Il s’agit, en l’occurrence, de l’ouvrage de Jean Ganiage, «Les origines du protectorat français en Tunisie (1861-1881)», qui vient d’être réédité par Berg Edition. C’est, d’ailleurs, la troisième édition de ce livre (les précédentes remontant à 1959 et 1968), qui, au départ, était une thèse de doctorat soutenue à La Sorbonne, en juin 1957, par Jean Ganiage (1923-2012), un habitué de la Tunisie, puisqu’il a enseigné au Lycée Carnot puis à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Tunis.

Un livre édité en 1959, bien que revisité quelque dix ans après, ne risque-t-on pas d’attraper un coup de vieux en 2015 ? Réponse du Professeur Khélifa Chater dans la préface de cette troisième édition. « Fiat indéniable, la thèse du Professeur Ganiage (…) reste un ouvrage de référence. Nous voilà donc rassurés à propos de cette question.

De Khaznadar à Ben Ghedhahem

Comment résumer au lecteur cet imposant ouvrage d’environ 500 pages de grand format ? C’est l’histoire, analysée, démontée et décortiquée d’un pays, affaibli par ses gouvernants (Sadok Bey en tête, mais également des ministres véreux à l’image de Mustapha Khaznadar et convoité par les grandes puissances : la France, et l’Italie.

En quelques lignes, Jean Ganiage résume tout le drame du pays, pris entre ces deux feux : «La décadence de ses institutions, de son économie, la faillite d’une politique de réformes trop nâtives, la mise au pillage de ses finances entraînement une banqueroute financière d’où devait sortir une mise en tutelle exercée collectivement par la France, l’Angleterre et l’Italie».

Pour démontrer les origines de la crise financière, qui a été à la source de l’établissement du «protectorat» français.

Ganiage remonte jusqu’au règne de Ahmed Bey (1837-1855) et ses folies de grandeur (une armée moderne, le Palais de M’hamdia, l’école militaire du Bardo…). Mais il s’arrête surtout à la politique de Mustapha Khaznadar (1855-186) qui, sous le règne de Sadok Bey, a endetté le pays, par des emprunts à l’étranger et une politique financière désastreuse, avec des relents de corruption et d’enrichissement personnel.

Le doublement des impôts, pour faire face à l’endettement, amènera l’insurrection de 1964, menée par Ali Ben Ghedhahem et magistralement analysée par Jean Ganiage, tant de l’intérieur de la Régence, comme de l’extérieur (le jeu des grandes puissances).

Le cadeau de l’Angleterre

Puis les événements se précipitent, avec, notamment la banqueroute de «l’Etat tunisien» et la mise en tutelle de la Régence, sous la forme de la «Commission financière internationale». Les convoitises des grandes puissances de précisent donc, mais la concurrence entre la France, l’Angleterre et l’Italie ne laisse pas entrevoir encore le vainqueur.

La parenthèse du gouvernement de Kheireddine (octobre 1873-juillet 1877), ne peut rien, malgré ces réformes entreprises par ce grand homme d’état, contre la marché inéluctable du pays vers une colonisation presque annoncée. Et c’est le congrès de Berlin (1878) qui scellera le destin de la Tunisie : l’Angleterre, soutenue par l’Allemagne de Bismarck. «offrira» la Tunisie à la France, dans le cadre d’un partage du monde de l’époque.

Depuis, il n’agissait pour la France que d’une formalité malgré la dernière résistance des Italiens. Il fallait chercher des prétextes, et « l’affaire des Khroumirs» est vite trouvée pour justifier l’intervention armée de la France en Tunisie qui, comme tout le monde le sait, amènera l’établissement, le 12 mai 1881, du «protectorat» français, un euphémisme bien trouvée pour travestir une occupation en bonne et due forme.

Hier, aujourd’hui et demain…

Et la morale de l’histoire, ou plutôt de l’Histoire, c’est l’éditeur du livre, notre ami Mohamed Bergaoui, qui nous la livre, en faisant le parallèle entre la Régence de Tunis de 1881 et la Tunisie de Ben Ali. Mais l’histoire (l’Histoire) ne s’arrête pas là. La Tunisie d’aujourd’hui, endettée jusqu’au cou et subissant aussi bien la corruption généralisée que l’influence des grandes puissances, ne vous rappelle-t-elle pas celle de la fin du XIXe Siècle ? mais aujourd’hui, il n’y a point de Kheireddine dans les parages !

Adel Lahmar

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