Quatorze députés de Nidaa Tounes portent plainte contre Azyz Amami et Sihem...

Quatorze députés de Nidaa Tounes portent plainte contre Azyz Amami et Sihem Ben Sedrine

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L’activiste Azyz Amami et la présidente de l’IVD Sihem Ben Sedrine. Photomontage à réalisé à partir de photos de profil Facebook

Mise à jour (samedi 23 août, 14h) : L’Instance Vérité et Dignité a publié un communiqué indiquant qu’elle n’était « pas responsable des propos tenus par les intervenants » à la rencontre-débat du 14 août dernier, à laquelle participait Azyz Amami et pour lesquels une plainte a été déposée contre lui.

Quatorze députés* de Nidaa Tounes ont porté plainte contre l’activiste Azyz Amami et la présidente de l’Instance Vérité et Dignité (IVD) Sihem Ben Sedrine. Le dossier a été soumis par le parquet à la brigade centrale de la Garde nationale de l’Aouina le jeudi 20 août.

L’avocat des plaignants, Nizar Ayed, a déclaré hier, vendredi 21 août à l’agence Tap, que cette plainte faisait suite aux déclarations de Azyz Amami lors d’une rencontre-débat organisée par l’IVD le 14 août et au cours de laquelle il aurait menacé d’incendier le parlement en cas de promulgation de la loi sur la réconciliation économique et financière.

Toujours selon Nizar Ayed, l’activiste aurait également fait l’éloge de Daech dans son intervention.

Quant à Sihem Ben Sedrine, elle est accusée par l’avocat de complicité pour avoir publié l’intervention de Amami sur le compte Facebook officiel de l’instance.

L’avocat des plaignants invoque la loi antiterroriste

Et l’avocat de citer, entre autres, l’article 222 du Code pénal et les articles 13 et 30 de la nouvelle loi antiterroriste.

L’article 222 du Code pénal punit « de six mois à cinq ans d’emprisonnement et de 200 à 2000 dinars d’amende, quiconque aura, par quelque moyen que ce soit, menacé autrui d’attentat punissable de peines criminelles« .

L’article 13 de la loi relative à la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent stipule qu’ « est coupable d’infraction terroriste quiconque, par tous les moyens, délibère pour l’exécution d’un projet individuel ou collectif […] destiné par sa nature ou son contexte, à diffuser la terreur parmi la population ou de contraindre indûment un État ou une organisation internationale à faire ce qu’il n’est pas tenu de faire ou à s’abstenir de faire ce qu’il est tenu de faire« .

Quant à l’article 30 de la loi antiterroriste, il punit « de un à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 5000 à 20.000 dinars quiconque, par tous moyens, fait hommage et glorification à l’intérieur et à l’extérieur de la République d’une manière publique, claire et franche d’une infraction terroriste ou de son auteur ou d’une organisation ou entente en rapport avec des infractions terroristes, ou ses membres ou ses activités« .

Azyz Amami : les plaignants ne font pas « la différence entre menace et métaphore »

De son côté, Azyz Amami, que nous avons contacté, affirme que son intervention lors de la rencontre organisée par l’IVD était « claire« , et que les plaignants « n’avaient qu’à la regarder pour comprendre la différence entre menace et métaphore« .

J’ai dit : « Cette loi ne passera pas parce que moi, citoyen tunisien, et d’autres citoyens, avons décidé qu’elle ne passerait pas. Même s’il faut brûler le parlement. Je suis sérieux ». Puis j’ai ajouté : « Comment fait Daech pour recruter ? Leur principal argument de propagande est de parler de bayt mal al-moslimine, l’argent public des musulmans. Comment allons nous pouvoir les combattre si nous touchons au concept de bien public ? »

Azyz Amami nous a également affirmé que l’un des élus ayant porté plainte, Mohamed Ben Souf, était un cousin de Moufid Ben Souf, le chef de district de la police de Monastir. Ce dernier avait été destitué en juin dernier après une campagne sur le net dénonçant l’agression qu’il avait commise contre une femme parce qu’elle ne jeûnait pas pendant Ramadan. Une campagne à laquelle avait « activement participé » Azyz Amami.

Pour l’activiste, cette plainte n’est qu’ « un indice démontrant à quel point les décideurs actuels tiennent au retour aux honneurs des affairistes corrompus« .

La société civile se mobilise contre le projet de loi

Le projet de loi sur la réconciliation économique et financière proposé par le président Béji Caïd Essebsi et ardemment défendu par le parti Nidaa Tounes, est vivement critiqué par l’opposition et une partie de la société civile, qui estiment que ce projet est anticonstitutionnel, trahit les principes de la révolution et vise à affaiblir l’Instance Vérité et Dignité chargée de la justice transitionnelle.

Hier, vendredi 21 août, la coalition civile contre le projet de réconciliation économique a publié un communiqué réaffirmant son rejet de ce texte, suite à une réunion organisée par la Coordination nationale pour la justice transitionnelle et le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES).

La coalition a annoncé son intention de « mobiliser » les forces de la société civile dans tout le pays pour empêcher l’adoption de cette loi et de sortir dans la rue « d’une manière pacifique et légale » pour protester.

 

* Les députés ayant porté plainte contre Azyz Amami et Sihem Ben Sedrine sont : Walid Jalled, Houda Tekaya, Sofien Toubel, Hssan Amri, Mohamed Troudi, Mohamed Ramzi Khmiss, Mohamed Ben Souf, Issam Matoussi, Hatem Ferjani, Taieb Medni, Mohamed Ennaceur Jbira, Fayçel Khelifa, Imed Ouled Jebril et Ibtihej Ben Helal.

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