Nouri Lajmi, président de la HAICA : « Le quorum requis de l’instance sera atteint cette semaine »

Nouri LejmiNouri Lajmi, président de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA), nous parle de l’actualité de son instance et de son point de vue sur le rapport de la Cour des comptes sur le financement de la campagne des législatives, publié la semaine dernière.
Tout d’abord, quand est-ce que la HAICA atteindra-t-elle le quorum requis ?

En principe, cette semaine.

Et pourquoi tout ce retard ?

Vous savez, ce retard ne dépend pas de nous, mais du chef du gouvernement. En effet, c’est le gouvernement qui reçoit les candidatures des potentiels futurs membres de la HAICA, et c’est le chef du gouvernement qui doit signer le décret de leur nomination. Il y a toute une procédure (conseil ministériel, etc.), et cela peut prendre du temps.

Vous avez assisté, la semaine dernière, à la conférence de presse relative à la présentation du rapport de la Cour des Comptes sur le financement de la campagne des législatives. En quoi cela vous intéresse-t-il ?

Cela nous intéresse en tant qu’instance (HAICA) qui participe au renforcement du processus démocratique. Vous savez, le déroulement des élections c’est quelque chose de fondamental pour l’implantation d’un système démocratique dans un pays.

Et cela ne peut avoir lieu qu’à travers l’instauration d’une relation de concertation entre les différentes instances, à savoir l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), la Cour des comptes, la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle, etc. Car au final, on vise tous le même objectif, à savoir l’instauration d’une nouvelle tradition, d’une nouvelle mentalité et d’une nouvelle culture susceptible de renforcer du système démocratique.

Comment évaluez-vous le rapport de la Cour des comptes ?

Ce que j’ai remarqué, c’est que le travail qui a été présenté était très fouillé, très documenté et très sérieux. D’ailleurs, je dois noter dans ce cadre – j’aurais bien voulu le souligner en public, lors de la conférence – que les membres de la Cour des comptes ont consulté toutes les instances et les structures liées aux élections, y compris la HAICA.

On a beaucoup travaillé ensemble et on leur a présenté, dans ce cadre, nos rapports, et expliqué un certain nombre de choses relatives au fonctionnement des médias, etc. Sincèrement, ils étaient très réceptifs et j’ai beaucoup apprécié cela.

Sinon, ce rapport sert, aussi, à tirer la sonnette d’alarme sur un certain nombre de comportements. Mais vous le savez, le contexte actuel est difficile. Et il y a des choses qu’on ne peut pas prouver. De plus, il y a des lacunes au niveau de la loi et un manque de transparence.

Les instances sont presque souvent incapables de faire face à cela. Donc, s’il n’y a pas de changement au niveau des mentalités, au niveau de la culture politique des partis et au niveau des lois, on ne peut pas corriger les défauts actuels.

Dans son rapport, la Cour des comptes a, également, évoqué l’existence de financement déguisé lors de la campagne des législatives, et ce, via certains médias. Qu’avez-vous fait pour punir les fautifs ?

Tout d’abord, il faut préciser que le financement déguisé peut avoir lieu, par exemple, au niveau de la couverture des meetings, au niveau de la publicité politique déguisée sous forme d’information, etc. Et cela suppose, donc, l’existence de «dessous de table», ce qui est très grave.

En ce qui nous concerne, on a pris des sanctions contre certains médias qui n’ont pas respecté les règles et qui ont fait de la publicité politique. Et même si certains de ces médias ont contesté le fait qu’ils aient accouru à la publicité politique, on a maintenu notre sanction, vu le dépassement était très clair à nos yeux.

Comment peut-on prévenir la publicité politique dans les médias ?

Vous savez, il y a plusieurs façons de le faire. Mais, la meilleure façon réside dans les règles du métier et la déontologie que les journalistes doivent respecter. Bien sûr, un journaliste trouvera toujours le moyen de faire un papier favorable à tel candidat ou à tel parti, mais cela risque de compromettre sa crédibilité […].

Revenons à l’actualité de la HAICA. Où en est l’enquête que vous avez demandée d’ouvrir concernant la diffusion du match retour de la coupe de la CAF entre le Club Africain et Al Ahly d’Egypte sur la chaîne de télévision Attounissia ?

Nous attendons à ce que le quorum soit atteint pour suivre cette affaire.

Il y a quelques jours, vous avez tenu la première réunion du comité scientifique qui se chargera d’observer la situation des femmes dans le paysage audiovisuel. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ?

En effet, nous sommes en train la mettre en place un comité, qui, se basant sur le monitoring, va essayer de voir s’il y a des stéréotypes, des atteintes à la dignité de la femme, etc.
D’ailleurs, notre deuxième réunion aura lieu cette semaine. Et là, on va commencer le travail.

On va faire deux ou trois études concernant la place de la femme dans les informations, dans les plateaux de débat, dans la publicité, dans les fictions, etc. Nous toucherons, donc, à différents volets et étudierons la présence de la femme, l’image qu’elle reflète dans les émissions, et ce, afin d’apporter les correctifs nécessaires et sensibiliser les médias.

Qu’en est-il de la formation destinée aux observateurs de l’unité des «médias et des droits de l’Enfant» ?

On a fait une deuxième session la semaine dernière, et il va peut-être y avoir une troisième session. Cette session de formation a, en effet, pour but de familiariser les observateurs au cadre juridique relatif aux conventions internationales et aux lois nationales liées à la protection des droits de l’Enfant. Cela permettra, en effet, à ces observateurs de détecter les violations, en se basant sur des références bien définies, pour les signaler dans leur rapport.

Enfin, quelle est la position de la HAICA vis-à-vis des émissions basées sur la terreur (telle que la caméra cachée : «l’Avion»), et vis-à-vis de la présence d’alcool dans certaines fictions ?

Ce dossier est sur la table. On va l’étudier. On doit, juste, attendre quelques jours supplémentaires pour essayer d’évaluer un peu, au moins, une semaine de programmation ramadanesque. Puis, on organisera, probablement, par la suite, une conférence de presse pour essayer de sensibiliser les médias à ces questions qui sont, effectivement, très importantes.

Propos recueillis par Slim MESTIRI

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