Tunisie : La malédiction du phosphate !

Les problèmes n'en finissent pas pour la Compagnie de phosphates de Gafsa - photo wled-el-banlieue.com

Gafsa et ses environs sont pratiquement tous paralysés par un mouvement de protestation et de contestation de la part des jeunes de la région qui bloquent toute activité de production, de transport et de commercialisation de cette matière première qu’est le phosphate, la seule véritable richesse naturelle du pays en attendant la confirmation de résultats de prospection pétrolière optimistes dont certains ont été divulgués au début de cette semaine.

Il faut souligner tout d’abord que l’activité minière est la plus importante dans notre pays depuis le protectorat, les villes de Gafsa, Métlaoui, Mdhilla et autres ont été, historiquement, parmi les plus combatives en termes de résistance syndicale au pouvoir en place à l’époque ou après l’indépendance.

Le développement de la production de phosphate a engendré la création en aval et en amont d’autres activités industrielles et commerciales d’une grande importance sur le double plan, économique tout d’abord avec des entreprises (Groupe Chimique, SNCFT etc) qui ont prospéré grâce à cette richesse naturelle, ou socio-économique avec ce que cela engendre comme création d’emplois, activités connexes etc.

Cependant, et depuis le changement politique après la chute du régime déchu le 14 janvier 2011, l’idée d’une forme d’appropriation de cette richesse par la région a fait son bout de chemin dans les esprits, une idée qui ne concerne par ailleurs pas seulement le phosphate, mais aussi le pétrole, le gaz naturel et même l’eau !

Cette problématique n’a pas été totalement résolue par les différents gouvernements qui se sont succédé jusque-là. Ces derniers eurent toujours une position conciliante et attentiste qui ne réussissait qu’à reporter la crise sociale. Certes, il y eut quelques recrutements, par ailleurs pas spécialement justifiés, mais uniquement utiles pour calmer les mécontentements.

Aujourd’hui, l’UGTT, pointé du doigt comme étant derrière le mouvement actuel, rejette d’un revers de la main ces accusations, Houcine Abassi, son secrétaire général, considérant que la situation actuelle est l’expression d’un ras-le-bol des jeunes de ces régions auxquels les partis politiques avaient promis des emplois lors de leurs campagnes électorales sans que ces promesses soient concrétisées, et appelle à la révision du statut général et des structures de la CPG, ces derniers étant devenus désadaptés aux exigences du travail actuelles.

Le secrétaire général estime que les syndicalistes eux-mêmes se retrouvent dans une position délicate et il appelle au contraire à la relance de l’activité dans cette société qui est une richesse nationale d’autant plus que les prix du phosphate sont en hausse sur le marché international.

En revanche, la Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie (CONECT) appelle l’UGTT à la rescousse pour mettre fin aux surenchères et aux revendications excessives tout en appelant le gouvernement à prendre les décisions urgentes et idoines pour sauver cette société, un des piliers de notre économie.

Il est évident que pour trouver une solution immédiate et durable, le gouvernement, les dirigeants des entreprises intéressées ainsi que la Centrale Syndicale sont appelés à jeter les ponts d’un dialogue sincère avec les jeunes de la région. Mais, est-ce qu’ils vont y arriver ? En tous les cas, la sonnette d’alarme est vraiment tirée si l’on veut voir le bout du tunnel…

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