Grève de l’enseignement de base : « Nous sommes les moins payés, les moins respectés » lance une enseignante

Tunis | Une grève générale des enseignants de l’enseignement de base a été observée ce mercredi 15 avril dans tous les établissements scolaires en Tunisie suite à l’appel de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT).

L’appel à cette grève a été lancé le 15 mars dernier après après l’analyse de la situation du secteur par le syndicat qui n’est pas arrivé à un accord avec le ministère de l’Education sur les revendications des enseignants.

Une grève réussie à l’école primaire, Avenue de la République à Ezzahra

A l’école primaire, Avenue de la République à Ezzahra, qui regroupe 45 enseignants, la grève a été observée par tous. A 8 heures du matin, après l’entonnement de l’hymne national et la levée du drapeau, les élèves qui sont venus suivre leurs cours se sont alignés en rangées afin de rejoindre leurs parents qui les attendent à la sortie de l’école.

Les instituteurs et institutrices se sont réunis, quant à eux, à côté du bureau de la directrice en sa compagnie et en présence du représentant du syndicat de l’enseignement de base qui fait également partie du corps enseignant de l’école.

Le salaire d’un instituteur varie entre 600 et 930 dinars

Des institutrices qui étaient présentes ont témoigné des raisons qui les ont incitées à faire grève. Leurs expériences diffèrent, leur ancienneté aussi, de 7 à 30 ans, ainsi que leur catégorie professionnelle.

Pour Mme Sameh Messaed, enseignante depuis 2008 ayant le rang de professeur d’école primaire depuis 2014, « la participation à cette grève est importante ».

[pull_quote_center]Notre revendication principale est d’assurer l’équivalence du certificat de fin d’études des instituts supérieurs des maîtres enseignants avec nos confrères de l’enseignement secondaire. Tous les enseignants ont eu droit en juin 2014 à deux promotions consécutives suite aux négociations entre le syndicat et le ministère de l’Education dès septembre 2015 sauf ceux qui détiennent le rang de professeur d’école primaire.[/pull_quote_center]

Le même sujet pose « problème » à Mme Sarra Kabboudi, 30 années de carrière, qui selon elle :

[pull_quote_center]Il existe deux catégories à l’école, des instituteurs et des professeurs qui ont la même mission mais qui ne perçoivent pas le même salaire. Celui-ci varie entre 600 et 930 dinars.[/pull_quote_center]

« Nous sommes tous des enseignants et nous sommes fatigués »

Mme Baya Khedher, 25 ans d’expérience, exprime sa déception quant aux procédures d’attribution des promotions des instituteurs, effectuées par le ministère de l’Education dans les écoles.

[pull_quote_center]J’ai postulé l’année dernière à une promotion mais malheureusement en vain.. Ceux qui ont seulement 5 et 6 ans d’expérience ont été promus en tant que maître d’application bien avant moi. Ça fait 25 ans que je travaille et je ressens de l’injustice. Au début je n’envisageais pas de participer à la grève mais il fallait qu’il y ait de la solidarité entre tout le corps enseignant. « Nous sommes tous des enseignants nous assumons la même charge de travail, et nous sommes exténués au même degré » [/pull_quote_center]

« Nous sommes les moins payés, les moins respectés »

Mme Hager M’solli, 30 ans d’ancienneté, reproche au ministère son mépris à l’égard les enseignants.

[pull_quote_center] Je suis convaincue de cette grève à raison de 70% et à 30% non convaincue. Je suis convaincue de faire grève vu le mépris du ministère de l’Education à notre égard, le manque de  respect, l’indifférence… je suis là pour soutenir mes amis. Par contre ma réticence est due à mon sens du devoir quant à la préparation des classes terminales pour le concours de fin d’année qui approche. Bien que nous ne sommes pas respectés et jugés à notre juste valeur, le devoir professionnel l’emporte toujours, à signaler que nous faisons le double du travail effectué par les professeurs. [/pull_quote_center]

Mme M’solli a également ajouté que le ministère leur demande que les élèves soient prêts à 80% pour la suite de leurs études : « On est censé leur apprendre les connaissances de base et les préparer pour le secondaire… », tout en souhaitant la réussite de la grève et en espérant « que l’estime et la valeur de l’enseignant soient restaurées. »

[pull_quote_center]On se fatigue, corrige, on fait le suivi de tout le travail et en dépit de tout personne ne reconnait nos efforts. Nous sommes les salariés les moins payés, les gens de métier les moins respectés, les moins valorisés, dommage. [/pull_quote_center]

L’éducateur n’est pas opportuniste

Riadh Barbouche, secrétaire général du syndicat de l’enseignement de base dans les villes de Boumhal et Ezzahra et maître d’application à l’école de l’avenue de la République à Ezzahra, a déclaré à Webdo que la revendication la plus importante est « la réforme du système éducatif » tout en expliquant les causes et la portée des autres revendications du corps enseignant.

[pull_quote_center]L’image de l’éducateur n’est pas celle d’un opportuniste. N’oublions jamais qu’après la révolution, le seul secteur qui n’a pas formulé de revendications est celui de l’enseignement, primaire et secondaire, les enseignants ont « assuré » lors des deux années scolaires post-révolution. Il ne faut pas dénier les efforts des enseignants. [/pull_quote_center]

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