Les «désagréments» de la Révolution (II) – par M’Hamed Ben Youssef

OPINION – Nous poursuivons la narration, toujours pêle-mêle, de nos réflexions nocturnes, toujours au moment de fermer les yeux, sur l’état des lieux dans notre chère patrie malmenée, lamentablement, par les temps qui courent ; conséquence directe des débordements post-révolution.

– Notre sport, dans son ensemble, particulièrement le football, est en perdition. Nous avons été éliminés honteusement de la participation à la Coupe du Monde au Brésil, cet été.

– La violence physique et verbale dans les stades parmi les supporters a atteint l’insupportable. Les tifosis envahissent les terrains à tout bout de champ. Joueurs et arbitres sont, fréquemment, agressés. Personne ne supporte la défaite ! La pagaille est totale !

– Nos différentes banques sont presque à sec de liquidité et ne prêtent qu’au compte-goutte, y compris pour les candidats à des projets économiques censés être rentables. Un manque de fonds aux graves conséquences…

– Les grands hommes d’affaires, aussi bien tunisiens qu’étrangers, refusent d’investir chez nous, surtout que les instances financières internationales ne cessent de dégrader la cote de la Tunisie jusqu’à nous classer «insolvable». Il y a, fait incroyable, des nationaux qui préfèrent délocaliser ou établir leurs projets au Maroc, par exemple.

– Notre grand chef d’Etat provisoire Marzouki tient, toujours, à faire tout ce qui lui passe par la tête. Il n’en a que cure d’effectuer, finalement, durant son «éternel mandat», le tour du monde complet, quitte à assister à la plus minable des conférences internationales, fût-elle au fin fond de l’Afrique…

– Près de deux mille de nos jeunes compatriotes, dont des filles (destinées au jihad el nikah), sont partis clandestinement pour la fournaise syrienne. Ils sont en première ligne dans les combats et se sacrifient stupidement. Leur retour, un jour, au bercail posera d’épineux problèmes. Se retourneront-ils contre leur propre pays, eux qui ont appris à faire le baroud pour un oui ou pour un non ? La question mérite d’être posée…

– L’Assemblée Nationale Constituante, élue pour une année, s’éternise, allègrement, à son tour. Et nos différents députés s’y chamaillent entre eux pratiquement à chaque séance. Certains d’entre eux changent de formation politique comme ils changent de veste…

– Le mouvement Ennahdha a, certes, fini par quitter le pouvoir après avoir ruiné le pays et implanté, partout, ses sbires dans les leviers de commande de l’administration. Toutefois, ses leaders continuent à tirer les ficelles grâce à leur troisième colonne et à leur majorité au sein de l’ANC. Ennahdha est sorti du gouvernement, mais pas du pouvoir… Nos islamistes -avec leur guide «caméléon» charismatique Ghannouchi en tête- passent maîtres dans l’art de la désinformation et la manipulation tous azimuts.

– La Tunisie est quasiment quadrillée par les cellules dormantes, entre autres des groupuscules d’Ansar Al Charia. On en compte au moins trois cents, réparties sur notre sol.

– Un an après, les assassinats politiques successifs de feu Chokri Belaïd et de feu Mohamed Brahmi ne sont nullement élucidés. Les deux enquêtes pataugent toujours. Elles s’éternisent à n’en pas finir. Et maintes tentatives sont perpétrées pour le camouflage de la vérité, toute la vérité, à leur propos.

– Djebel Chaâmbi échappe, onze mois après, au contrôle de notre armée nationale. Des éléments de nos valeureux soldats y ont été soit lâchement égorgés, soit tués lors d’explosions de mines que les terroristes -passés maîtres en la matière- ont semé un peu partout, particulièrement dans les difficiles accès à cette haute montagne.

Encerclé depuis près d’une année, devenu, tout récemment, une zone militaire fermée, Chaâmbi n’a pu être encore reconquis. Et une poignée de «barbus», alliés à des terroristes relevant d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), défient tout un peuple. Avouons que nos troupes, malgré leur bonne volonté et leur courage, ne sont pas préparées à ce type spécifique de contre-guérilla. D’où les pertes subies et les dangers mortels auxquels nos soldats sont exposés.

Un manque d’expérience flagrant qui incombe à leurs hauts gradés. Ceux-ci ne disposaient même pas d’un service de renseignements adéquat. C’est-à-dire des yeux et des oreilles si indispensables pour toute réussite au combat. Notre Etat-major s’est avéré non prévoyant.

N’est-ce pas général Ammar qui bénéficiez, quand même, d’une retraite des plus paisible ! ! A mon avis, il n’y a pas de honte qu’en plus de l’appel au concours actif de nos frères algériens, dont l’expérience est consommée, il faut admettre l’idée de recourir aussi -et il est grand temps- au soutien, y compris sur le terrain, des Marines de l’Oncle Sam. Ses drones sont, entre autres, redoutables. Et ils peuvent s’avérer hautement efficaces au Chaâmbi et à nos frontières. Entre la peste et le choléra, on est finalement acculé à choisir…

– Malgré ces multiples gravissimes tares hautement destructives, nous sommes «condamnés» à rester, quand même et à contre cœur, un tant soit peu, optimistes… Et je le suis malgré moi.
La Tunisie, naguère, havre de paix et de quiétude, compte encore des fournées de bonnes volontés en mesure de tenter de remédier, un tant soit peu, aux malheurs qui rongent la fébrile santé de notre société, naguère bien portante et si enviée.

Relève la tête, mon frère, viendra un jour où on verra le bout du lugubre tunnel auquel on nous a, malgré nous, jetés !

M’Hamed Ben Youssef

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