Le vœu de Safi Said : changer le nom et le drapeau de la Tunisie

Safi SaidC’est ce qu’on peut comprendre à travers la réponse à la question qui lui a été posée par le journaliste Samir Ouefi dans le cadre de l’émission «A qui ose seulement», présentée hier soir sur Attounissya TV. L’animateur de l’émission a demandé à Safi Said, journaliste tunisien devenu célèbre par ses chroniques politiques, un des invités à cette émission, quelles seraient les premières décisions qu’il prendrait s’il était élu Président de la République. Ce dernier, sans hésitation aucune, a répondu qu’il changerait le nom et le drapeau de la Tunisie.

Par rapport aux convictions idéologiques qu’on lui connait, cette réponse n’a rien d’étonnant puisque l’ami de Kadhafi, nationaliste arabe jusqu’au bout des ongles, ne reconnaît pas les frontières entre les pays arabes et appelle à l’union des pays de la région. Mais dans un contexte où la souveraineté et l’unité de la Tunisie sont menacées par une faction islamiste qui, elle aussi, ne croit pas en l’existence de la Patrie, le fait de l’annoncer est particulièrement dangereux.

Entre Islamistes, d’un côté, qui veulent unifier la région sous le drapeau noir et blanc et nationalistes de l’autre qui rêvent de la construction d’une nation arabe sur les décombres des crises politique et des turbulences, la Tunisie pourra être le théâtre de conflits fratricides.

La réaction des autres invités est encore surprenante. En effet, ni Lazhar Akremi, membre de Nidaa Tounes et principal invité de l’émission, ni Samia Abbou qui n’avait pas l’intention de voter en faveur de la constitution mais y a adhéré quand même, ni Abderraouf Ayadi qui ne s’est emporté que pour défendre l’application de la Chariâa, n’ont réagi à cette réponse choquante.

Mais quel que soit le rêve de Safi Said et ceux qui sont de la même obédience, cette réponse spontanée traduit des choix culturels irréalisables. La très grande majorité des Tunisiens s’attachent à leur histoire et aux symboles de la Tunisie qui est parmi les premières dans le monde arabo-musulman à emprunter le chemin de la modernité et de l’émancipation.

L’un des premiers pays à avoir aboli l’esclavage alors que d’autres pays de la région continuent à le pratiquer de nos jours sous des formes déguisées. L’un des premiers à avoir institué l’égalité entre l’homme et la femme alors que sous d’autres cieux, les femmes sont des citoyennes de seconde zone. L’un des premiers à avoir accordé une priorité absolue à l’éducation et à la formation.

Et surtout, la Tunisie a été le premier pays arabe et musulman à avoir adopté une constitution, en 1861, énonçant les droits reconnus aux citoyens et les principes devant sous-tendre le fonctionnement de l’Etat. A propos de cette constitution qui, malheureusement n’a été que de courte durée, l’ami de Kaddafi l’a évoquée au cours de l’émission avec mépris en la comparant au texte fondamental que vient de voter l’Assemblée nationale Constituante.

Mais de toutes les façons, la majorité écrasante des Tunisiens, même s’ils ne sont pas satisfaits de leur situation, n’accepteront pas qu’on touche à leurs frontières, à leur souveraineté, à leur unité et à leurs symboles. Le rêve de quelques nostalgiques à l’euphorie nationaliste des années 60 n’ira pas au – delà de l’idéel face à la détermination du peuple à protéger, par tous les moyens, les acquis et l’héritage culturel de la nation.

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