Un salafiste poignardé : événement à inscrire au bilan de la visite de Wagdi Ghonim

L’agression sauvage dont a été victime le lundi 13 février le jeune Moez Ibrahim, un salafiste âgé de 22 ans, confirme les dangers sécuritaires que représente la venue en Tunisie de Wagdi Ghonim et qui ont fait l’objet de plusieurs mises en garde de la part de la société civile et de la plupart des partis politiques. Commise à la fin de la conférence animée par ce dernier à Mahdia, cette agression est indéniablement en relation avec l’événement. Rien n’a été filtré à ce sujet et aucun témoignage n’a été déposé à ce propos. Les circonstances de l’affaire sont encore floues et il serait hasardeux et déroutant d’accuser telle ou telle partie. La seule information dont nous disposons dans ce cadre est la déclaration du docteur Dhafrallah Chafiï, membre du conseil des libertés, qui n’exclut pas la responsabilité des ex-miliciens du RCD, cherchant à enliser le pays dans un cycle de violence pour torpiller le processus transitionnel. A cet effet, l’animosité qui ne date pas d’aujourd’hui entre l’extrême gauche et la droite fondamentaliste en est un terrain favorable. Dans le même esprit, docteur Chafiï a rappelé une agression d’un niveau de gravité aussi alarmant perpétrée il y a quelque temps à la Cité Intilaka contre un militant du PCOT.

Indépendamment de l’identité du coupable, de ses mobiles et des personnes qui sont derrière son forfait, l’agression déplorée met en relief les dangers que présente la visite de Wagdi Ghonim et ses conférences où il remet en cause les acquis de la révolution en considérant que la démocratie est une œuvre antireligieuse, fait l’éloge des pratiques barbares médiévales portant atteinte aux droits de l’homme telle que l’excision, et s’attaque à ses détracteurs et à ceux qui sont hostiles à ses idées, les qualifiant de mécréants ayant vendu leur âme aux Occidentaux.

Ces dangers ne sont pas seulement liés à la consistance de ses thèses rejetées par une très grande partie des Tunisiens qui tiennent à leurs acquis civilisationnels et culturels, mais résident également dans le risque d’exhumation de la hache de la guerre entre les deux extrêmes. Déjà entre les islamistes et les gauchistes, les relations ont commencé à s’envenimer depuis la diffusion sur Nessma de «Persepolis» et l’affaire du Niqab à la faculté de la Manouba. Mais à part quelques rixes sans grands dégâts et des provocations sans grands effets, la détérioration des relations entre les deux n’a pas conduit à des actes d’un niveau aussi grave que la désolante agression dont a été victime Moez Ibrahim, poignardé à six reprises. Le pire à craindre consiste dans les réactions violentes que peuvent manifester les salafistes et les contre-réactions qui peuvent s’en suivre pour plonger ainsi la société dans un cycle infernal.

Connaissant les idées de Wagdi Ghonim et les effets qu’elles peuvent provoquer, les associations religieuses qui ont pris l’initiative de l’inviter auraient dû s’abstenir de le faire pour épargner à la Tunisie davantage d’insécurité. Seulement ayant d’autres projets et d’autres soucis qui n’ont rien à voir avec les profondes causes de la révolution du 14 janvier, elles ont agi au mépris de l’intérêt général.

Les autorités, qui ont fait la sourde oreille aux appels de la société civile pour stopper le danger et qui tournent le dos aux mouvements populaires manifestés dans ce cadre, auraient dû dès le départ assumer leur responsabilité avant d’en arriver là.

Le dernier espoir reste l’autorité judiciaire qui a été saisie par des avocats et des citoyens pour condamner l’indésirable prédicateur et les associations religieuses qui sont dans le coup. Mais le plus pressant dans l’immédiat est de suspendre illico presto les conférences programmées en raison des dangers qu’elles peuvent avoir sur la sécurité publique. Pour ce faire, une action en extrême urgence conformément aux dispositions de la loi en vigueur ne sera pas de trop.

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