On parle d’une nouvelle amnistie !?

Malgré l’insécurité qui paralyse les activités économiques et sociales, l’année 2012 a débuté par l’octroi d’une amnistie spéciale et de la liberté conditionnelle en faveur de 8844 détenus de droit commun.

Politiquement, la décision est à l’actif de la présidence et du gouvernement provisoire issus des élections du 23 octobre 2011 qui peuvent s’en vanter en tant que signe d’ouverture et de libéralisme. Mais sur le terrain, le contrecoup ne s’est pas fait attendre. Dans une émission de TV présentée le 4 février, l’agression sauvage dont a été victime le chanteur Kacem Kefi en plein milieu de la journée, a suscité la question de savoir quelle pourrait être la situation sécuritaire dans le pays lorsque sera décrétée la nouvelle amnistie annoncée tout dernièrement par le ministre de la Justice.

À peine un mois de la date de cette décision,la situation de la criminalité s’est aggravée avec encore plus de violence, de vol et de viol. La corrélation est indéniable puisque plusieurs personnes arrêtées ces derniers temps étaient parmi les bénéficiaires de l’amnistie. Certains parlent de centaines de personnes impliquées dans les actes délictueux et criminels commis récemment ce qui en dit long sur la pertinence des critères adoptés et l’efficacité de la démarche.

Au fait, le phénomène tend à être cyclique puisqu’à chaque vague de libération s’ensuit une montée en flèche de la criminalité. Mais cette fois-ci, le danger réside en sus dans la complexification de la situation actuelle où l’on a beaucoup de difficultés à imposer la sécurité et instaurer une atmosphère propice à l’investissement et à la relance des activités économiques.

L’appréhension est partagée par grand nombre de citoyens qui s’inquiètent face au relâchement sécuritaire. On aurait dû en profondeur sur le bien-fondé de la décision et ses éventuelles implications plutôt que céder aux solutions de facilité au nom de la révolution et de la légitimité populaire. En effet, la Tunisie a beaucoup mieux à faire que de libérer des délinquants et des professionnels du crime à un moment où le pays n’est pas encore stabilisé et que des dangers de toute part le guettent.

L’État doit être présent sur tout le territoire pour faire respecter la loi, apporter la sécurité aux citoyens qui se sentent menacés dans leur intégrité et dans leur vie de tous les jours et garantir la liberté du travail aux milliers de Tunisiens empêchés d’exercer leurs activités.

Certes, la situation n’est pas à ce point dramatique, mais l’inefficience du traitement pourrait l’enliser dans un cafouillis inextricable.

Dans les circonstances qui prévalent, l’amnistie présidentielle pour des détenus de droit commun ne fait que compliquer la tâche aux autorités qui tout en prenant au sérieux la gravité de la situation ne sont pas encore parvenus à y faire face. Au moins, on aurait pu attendre le retour à la normale pour prendre le risque de relâcher des détenus de droit commun d’autant plus que la grâce présidentielle n’est ni un droit acquis ni une revendication de masse. Mais le fait de l’avoir pris dans la précipitation a fait naître l’espoir d’en faire profiter un plus grand nombre de personnes surtout après échec de certaines tentatives d’évasion. C’est ainsi que des parents de prisonniers et des gens dans leur entourage ont pris d’assaut le ministère de la Justice, l’administration pénitentiaire et le palais présidentiel de Carthage pour exiger la libération de leurs proches et amis. Sous la pression,le ministre de la Justice leur a promis une nouvelle amnistie. Le plus à craindre est la libération dans le cadre de cette nouvelle amnistie de redoutables criminels. En effet si en vertu des critères pris en compte dans le cadre de la première amnistie, la décision a bénéficié aux moins dangereux, dans le cadre de la nouvelle amnistie, elle pourra profiter aux plus doués dans le domaine du crime et de la délinquance.

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