Le billet de Hatem Bourial – «N’ayez plus peur !»

Auréolé de sainteté, cet homme a aussi su être un révolutionnaire, un visionnaire, un artisan de paix et de dialogue. Et puisque Lech Walesa est dans notre actualité, lui aussi mériterait une mention ne serait-ce que pour le rôle «extra-systémique» qu’il a joué dans l’avènement d’une Pologne démocratique.

Il s’agit bien sûr du Pape Jean-Paul II dont le monde se souvient avec émotion. Entre sanctification et béatification, le souverain pontife est encore vivant dans nos mémoires. Et si nous l’évoquons aujourd’hui, c’est aussi parce que, il y a quinze ans, jour pour jour, il rendait une visite historique en Tunisie.

C’était le 15 avril 1996 et la veille, le Pape célébrait une messe solennelle en la cathédrale de Tunis au cours de laquelle il a prié pour que soit mis fin aux drames des peuples du Moyen-Orient. Le peuple tunisien dans son ensemble et la communauté chrétienne en particulier avaient alors réservé un accueil chaleureux au pape. Plus de mille cinq cents fidèles avaient en effet assisté à cette messe. Très ému, le Pape avait également visité l’amphithéâtre de Carthage et prié en souvenir des chrétiens. martyrisés en ce lieu à l’époque romaine.

Quinze années plus tard, le souvenir de cette visite demeure vivace. Ainsi que l’aura particulière de ce pape qui avait lancé aux peuples opprimés le désormais fameux : «N’ayez plus peur». Adepte du pardon et de la tolérance, Jean-Paul II est aussi un exemple qui nous interpelle aujourd’hui.

En effet, son message de paix, sa dimension humaniste nous apprennent que le pardon est la plus grande des vertus. Cette capacité de pardon sera-t-elle nôtre ? Saurons-nous nous transcender et tourner une page honteuse de notre histoire sans jeter d’anathème sur ceux qui furent nos bourreaux ?
Saurons-nous construire notre future démocratie sur la nécessaire réconciliation plutôt que sur des exclusives vengeresses et un désir trouble d’éradication ?

Jean-Paul II, à travers ses combats, nous a appris que les tables rases n’étaient que des visions violentes de l’esprit, qu’il valait toujours mieux reconstruire avec l’autre, fût-il votre ennemi passé. A l’heure où notre démocratie balbutie, il est important de méditer cette leçon et de s’inspirer d’une morale chrétienne qui nous appartient aussi.

Car la première révolution dans un pays arabe ne saurait prôner le talion là où la mansuétude invite au pardon et à la réconciliation. Sachons pardonner, sachons tourner la page. Pour ceux qui ont fauté, la justice, sereine, passera.Pour l’hideuse «piovra» qui nous a étouffés et volés, la justice dira aussi son mot.

Songeons à Jean-Paul II. Mais songeons aussi à Mandela qui sut, dès son accès au pouvoir, prôner la vérité et la réconciliation. C’est ce dont nous avons besoin aujourd’hui : donner notre pardon, entamer notre autocritique et enfin sortir de la pensée unique et totalitaire.

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