« Après la liberté, la souveraineté »

« Après la liberté, la souveraineté »

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Fondateur du mouvement Byrsa, Sélim Ben Hassen et son équipe n’ont pas attendu le 14 janvier 2011 pour s’engager dans l’arène politique. A Science Po d’abord où il fonde l’association Sciences Po Monde Arabe puis à Oxford où Sélimtravaille sur la Constitution et les institutions politiques tunisiennes. Une intuition sans doute mais surtout la conviction que la Tunisie n’était pas condamnée à être éternellement tenue par une oligarchie de mafieux.

Déterminé à bousculer cette dictature d’arrière-garde, Sélim s’engage depuis plusieurs années avec ses camarades pour ré-investir le champ politique tunisien. Avec son association Science Po Monde Arabe, des débats sont organisés sur des sujets aussi importants que la corruption dans le monde arabe, la liberté de la presse, la peine de mort etc. Peu avant les élections truquées de 2009, une conférence réunissant l’ensemble de la scène politique tunisienne incluant les partis d’opposition se tient à Paris sous la surveillance des chiens de garde de l’ambassade. Revoir ces vidéos sur dail motion aujourd’hui est d’un grand enseignement.

Au moment où les grandes organisations étudiantes tunisiennes revendiquaient leur apolitisme quelque peu opportuniste en fermant les yeux sur la dictature, Byrsa a multiplié les initiatives pour faire naitre un désir de politique.

Comme tout le monde, cette révolution soudaine, sidérante, magnifique qu’ils espéraient sans pouvoir y croire, ils ne l’ont pas venu venir mais ils s’y sont préparés sans jamais céder à la résignation. Ils veulent aujourd’hui aider à construire les fondements d’une société civile qui plus jamais ne se laissera dominer par un régime qu’elle n’aura pas choisi.

Aujourd’hui leur analyse de la scène politique est sans équivoque. Pour Bechir Nefzi, sclérosé, le régime Ben Ali a pratiqué la politique de la terre brûlée pour laisser un champ politique vide. Les opposants sont isolés. Ceux qui se sont exilés sont partis trop longtemps et ceux qui sont restés ont été laminés par trop de compromissions ou de violence. L’engagement de ces opposants s’est avec le temps déconnecté du terrain et des demandes sociales. L’exigence de dignité réclamée par les manifestants a surpris tout le monde et n’a été relayé par aucun mouvement politique.

Quoi qu’il advienne, ils savent que la campagne électorale ne pourra pas être loyale. Il faut donc avant tout occuper l’espace en raisonnant sur le long terme. En lieu et place d’une campagne électorale, le mouvement préfère se mobiliser pour une campagne citoyenne, qui, faute de peser sur les élections permettra d’assoir les bases d’une souveraineté solide. Lucides, ils se méfient de la tentation d’incarnation et de médiatisation trop rapide qui ne pourrait que réduire la portée du mouvement sortie des entrailles d’un peuple. Pour Karim Salah, la construction d’une offre politique ne doit pas précéder la consolidation des acquis de la révolution. C’est le rapport entre gouvernés et gouvernants qui doit changer, durablement.

Dans ce contexte leur projet est tout à la fois simple et ambitieux. Après la conquête de la liberté, il faut s’attacher à garantir la souveraineté du peuple. Une souveraineté qui rend possible de choisir collectivement son destin en devant acteur de celui-ci.

C’est un retour aux fondamentaux de l’engagement civil. Faire de la politique pour eux, ça veut dire ne pas attendre l’homme providentiel. S’engager dans l’action pour faire émerger un espace de citoyenneté. Cet espace né de la révolte des plus démunis doit aujourd’hui se développer sur des projets concrets pour incarner les valeurs démocratiques sur le long terme.

Le mouvement Byrsa dont le siège et les militants sont à Tunis arpente déjà le pays pour donner corps à cette souveraineté. Pourquoi ne pas faire de la Tunisie la première démocratie directe du monde arabe ? Pourquoi ne pas promouvoir des initiatives de démocratie participative ? Byrsa ne manque pas d’idées: ils entament actuellement une campagne dans les lycées et les collèges, et plusieurs projets de démocratie participative sont en cours.

Tout concoure dans leur démarche à mettre en marche des processus de démocratie directe d’initiative citoyenne.

En tout état de cause, pour eux, la révolution n’est pas achevée. Selon Ali Hamouda, le régime et les vaincus du système Ben Ali sont encore là même si quelques têtes ont disparu du paysage. Les risques de revenir, de recommencer comme avant existent, si l’on ne bâtit pas la démocratie sur de bonnes bases. Le véritable chantier démocratique démarre. L’espoir est aussi grand que la tâche mais ils ne manquent ni de courage ni de volonté. Ils ne parlent au nom de personne. Ils sont le peuple, acteur de sa propre émancipation, qui souhaite poursuivre l’ouvrage pour gagner une souveraineté qui ne sera plus jamais menacée.
http://www.facebook.com/MouvementByrsa

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