Les agents de la Garde nationale et des services forestiers sont intervenus jeudi 13 août 2026 dans la délégation d’Elayoun, dans le gouvernorat de Kasserine, pour sauver une hyène rayée retrouvée piégée et épuisée. L’animal avait été poursuivi par plusieurs habitants qui estimaient qu’il s’était approché des zones d’habitation. Il a finalement été libéré puis relâché dans son milieu naturel, au mont Tioucha.
Cette intervention rappelle surtout la fragilité d’une espèce devenue particulièrement rare en Tunisie. La hyène rayée (Hyaena hyaena) est classée « quasi menacée » à l’échelle mondiale par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Dans la région méditerranéenne, son statut est considéré comme encore plus préoccupant. En Tunisie, les observations restent rares et les populations sont mal documentées. Des travaux scientifiques ont notamment montré que l’espèce était devenue extrêmement rare dans le pays à la fin du XXe siècle.
Une espèce victime de sa mauvaise réputation
La hyène rayée souffre d’abord de son image auprès des populations. Souvent associée à la dangerosité, aux attaques contre les troupeaux ou à des croyances anciennes, elle peut être pourchassée lorsqu’elle s’approche des habitations.
Pourtant, son régime alimentaire est largement composé de charognes, de petits vertébrés et d’autres ressources disponibles dans son environnement. Comme d’autres animaux nécrophages, elle joue un rôle écologique important en contribuant à éliminer les carcasses et certaines matières organiques. Le Muséum national d’Histoire naturelle souligne d’ailleurs que la mauvaise réputation de la hyène a largement contribué à sa persécution.
Le cas d’El Ayoun illustre ainsi un problème classique de conservation : lorsqu’un animal sauvage se rapproche des zones habitées, la peur peut rapidement se transformer en poursuite ou en tentative de mise à mort, alors même que l’animal peut simplement être à la recherche de nourriture ou d’un nouvel habitat.
Habitat qui recule, populations qui se fragmentent
La pression humaine constitue l’une des principales menaces pesant sur la hyène rayée. L’extension des activités agricoles et pastorales, la transformation des habitats naturels et la fragmentation des territoires réduisent progressivement les espaces disponibles pour les grands carnivores. Des travaux consacrés à la Tunisie ont notamment documenté la contraction historique des populations de grands carnivores sous l’effet de l’agriculture, de l’élevage et des conflits avec les populations humaines.
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À ces facteurs s’ajoutent la chasse, le braconnage, les empoisonnements et les captures. En Afrique du Nord, une étude publiée en 2026, portant sur les observations recensées entre 2004 et 2024, a identifié 134 morts ou captures directement liées aux activités humaines sur 418 hyènes rayées documentées. Les collisions routières constituaient la première cause de mortalité recensée, devant les mises à mort intentionnelles et les captures.
Une présence discrète en Tunisie
La rareté des observations ne signifie toutefois pas nécessairement que l’espèce a disparu de Tunisie. Des travaux menés dans le parc national de Dghoumes, dans le sud du pays, ont permis de confirmer sa présence grâce à des pièges photographiques. Les chercheurs ont cependant relevé des observations très limitées et souligné les difficultés à évaluer précisément l’état des populations tunisiennes.
La présence d’une hyène rayée dans les montagnes de Kasserine constitue donc un rappel de la richesse de la faune sauvage tunisienne, mais aussi de la nécessité de mieux surveiller ces populations. Pour une espèce aussi discrète et difficile à observer, chaque signalement peut fournir des informations utiles sur sa répartition et ses déplacements.
Protéger l’animal, mais aussi réduire les conflits
La conservation de la hyène rayée ne passe pas uniquement par la protection juridique de l’animal. Elle dépend également de la capacité à réduire les conflits entre la faune sauvage et les populations vivant à proximité des habitats naturels.
Sensibilisation des habitants, surveillance des zones où l’espèce est encore présente, protection des habitats, prévention des empoisonnements et amélioration de la prise en charge des animaux retrouvés en difficulté font partie des mesures susceptibles de limiter les pertes.
L’épisode d’El Ayoun montre ainsi qu’une intervention rapide des services forestiers peut sauver un animal, mais que la véritable question est plus large : comment permettre aux espèces sauvages encore présentes en Tunisie de coexister avec des territoires humains qui ne cessent de s’étendre ?