Le nouveau pont de Bizerte, considéré comme l’un des projets d’infrastructure les plus ambitieux de Tunisie, entre dans une phase décisive. Lors d’une visite de travail sur le chantier, le gouverneur de Bizerte, Salem Ben Yacoub, a assuré que toutes les parties prenantes étaient mobilisées afin d’accélérer la réalisation de cette infrastructure stratégique baptisée techniquement « la liaison fixe ».
Cette visite intervient dans un contexte où les autorités cherchent à accélérer l’exécution des grands projets publics après plusieurs années marquées par des retards dans la réalisation d’infrastructures majeures. Le gouvernorat affirme avoir mobilisé les moyens locaux, régionaux et centraux pour faciliter l’intervention des entreprises tunisiennes et chinoises chargées du chantier.
Deux composantes achevées dans les prochains mois
Selon Lilia Saïfaoui, directrice générale de l’unité de réalisation du pont, les deux lots réalisés par des entreprises tunisiennes affichent aujourd’hui un taux d’avancement technique d’environ 75%. Ces deux composantes devraient être achevées dans les prochains mois.
Le premier lot, d’un coût de 76 millions de dinars, concerne principalement les raccordements routiers sud et ouest de la zone. Il prévoit la réalisation d’une voie rapide de 4,7 kilomètres ainsi que trois échangeurs au niveau de la route nationale 8 et de l’autoroute A4.
Le troisième lot, évalué à 75 millions de dinars, porte sur le raccordement nord avec une voie rapide de 2,7 kilomètres. Il comprend notamment un échangeur sur la route nationale 11 reliant Bizerte à Menzel Bourguiba, une structure métallique au niveau de la cimenterie, ainsi que plusieurs ouvrages routiers.
Le deuxième lot confié aux Chinois
Le cœur du projet demeure toutefois le deuxième lot, confié à des entreprises chinoises, qui concerne la construction du pont principal traversant le canal de Bizerte. Les travaux ont atteint un taux d’avancement supérieur à 25%, avec l’achèvement des fondations profondes, une étape majeure dans la réalisation de cet ouvrage.
D’une longueur de 2,1 kilomètres, ce pont à double voie sera doté d’une structure métallique pesant environ 24 000 tonnes d’acier. Culminant à près de 60 mètres au-dessus du niveau de la mer, il permettra le passage des différents types de navires, un élément essentiel pour préserver et renforcer l’activité du port de Bizerte.
La première partie de la structure métallique est attendue fin décembre 2026, avant l’acheminement progressif des autres éléments entre mars et juin 2027. Cette étape constituera un moment clé dans l’avancement du chantier, puisque l’assemblage de la structure principale donnera une visibilité concrète sur la naissance du futur pont.
Rappelons que selon Chen Junfeng, directeur général adjoint de l’antenne tunisienne de SRBG, « l’ensemble du projet prendra au total 1140 jours et sera achevé le 2 septembre 2027 ».
Lire aussi : Le nouveau pont de Bizerte opérationnel le 2 septembre… 2027
Au-delà de sa dimension technique, le pont de Bizerte est présenté comme un projet à portée économique et territoriale majeure. Il doit permettre de désengorger la circulation autour de la ville, créer une nouvelle liaison périphérique et améliorer l’intégration de Bizerte dans les réseaux régionaux et nationaux.
Renforcer l’attractivité économique de la région
Le projet ambitionne également de renforcer l’attractivité économique de la région, notamment en facilitant les échanges autour du port de Bizerte. La possibilité de maintenir la circulation maritime grâce à une hauteur suffisante sous le tablier constitue un avantage stratégique pour les activités d’import-export.
Reste la principale question : la Tunisie parviendra-t-elle cette fois à respecter les délais annoncés (pour 2027) pour un chantier qui symbolise depuis plusieurs années l’attente d’une modernisation des infrastructures nationales ? Après les retards accumulés depuis le lancement du projet, chaque étape franchie sera désormais scrutée comme un test de la capacité du pays à mener à terme ses grands projets structurants.