La crise de l’eau minérale en bouteille enregistrée cet été en Tunisie a mis en évidence les fragilités du système d’approvisionnement face à l’explosion de la demande durant les périodes de forte chaleur. Alors que les rayons des grandes surfaces ont connu des tensions répétées, les volumes distribués dans le Grand Tunis ont atteint des niveaux particulièrement élevés à la fin du mois d’août.
Le président de la Chambre nationale des propriétaires des grandes surfaces commerciales, Hédi Baccour, a indiqué, lors d’une intervention téléphonique dans l’émission « Sabah Ennes », que plus de 2,3 millions de bouteilles d’eau minérale conditionnée étaient distribuées quotidiennement dans les grandes surfaces des gouvernorats du Grand Tunis entre le vendredi et le lundi 31 août.
Un chiffre qui donne la mesure de la pression exercée sur le marché au cours de cet été marqué par des températures élevées et une demande exceptionnelle en eau embouteillée.
Les grandes surfaces ne représentent pourtant que 5 % de la consommation
Malgré ces volumes considérables, les grandes surfaces commerciales ne constituent qu’une partie limitée du circuit de distribution.
Selon Hédi Baccour, leur part dans la distribution de l’eau minérale conditionnée durant la saison estivale n’a pas dépassé 5 % de l’ensemble des quantités consommées quotidiennement à l’échelle nationale.
Autrement dit, les plus de deux millions de bouteilles distribuées chaque jour dans les grandes surfaces du Grand Tunis ne représentent qu’une fraction du marché national. Cette donnée permet également de relativiser l’idée selon laquelle les grandes surfaces seraient, à elles seules, à l’origine des tensions observées dans l’approvisionnement.
La difficulté est plutôt liée à l’équilibre général entre production, stockage, transport et distribution, dans un contexte où la consommation peut augmenter brutalement en quelques semaines.
Un stock de 40 à 50 millions de bouteilles épuisé dès la mi-juillet
L’un des principaux enseignements de cette crise concerne surtout les capacités d’anticipation du marché.
Hédi Baccour a révélé que le stock disponible d’eau minérale conditionnée, estimé entre 40 et 50 millions de bouteilles, avait été entièrement écoulé dès la mi-juillet.
Cette situation signifie que les réserves constituées avant le pic de la saison estivale n’ont pas permis d’absorber la hausse de la demande. Une fois ces stocks épuisés, le marché s’est retrouvé davantage dépendant de la production quotidienne et de la capacité des industriels à réapprovisionner rapidement les différents circuits de distribution.
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Le problème n’est donc pas uniquement celui de la disponibilité de l’eau à la source. Il concerne également la capacité du secteur à constituer des réserves suffisantes avant les périodes de forte consommation.
Vers une nouvelle organisation de la distribution
Face aux tensions enregistrées, une réunion avec le ministère du Commerce a débouché sur la mise en place d’un mécanisme de distribution « correctif » entre les différentes régions du pays et les différents circuits de distribution, selon le responsable professionnel.
L’objectif est notamment d’éviter qu’une concentration excessive des volumes dans certaines régions ne provoque des ruptures dans d’autres zones du territoire.
Cette réorganisation intervient alors que la demande reste fortement influencée par les conditions climatiques. Les épisodes de chaleur intense peuvent en effet provoquer, en quelques jours, une augmentation considérable de la consommation d’eau embouteillée, mettant sous pression l’ensemble de la chaîne logistique.
Le secteur appelé à revoir ses stocks avant les prochains étés
Pour Hédi Baccour, la situation de cette année doit surtout servir de signal d’alerte aux producteurs. L’épuisement des stocks dès la mi-juillet impose, selon lui, aux industriels de réfléchir à la constitution de réserves plus importantes afin d’éviter la répétition d’une crise similaire lors des prochaines années.
La question dépasse ainsi le seul été 2026. Elle renvoie à la capacité du secteur à anticiper l’évolution de la demande dans un pays confronté à des épisodes de chaleur de plus en plus importants et à une pression croissante sur ses ressources hydriques.
L’eau minérale en bouteille est ainsi devenue un révélateur supplémentaire d’une équation estivale de plus en plus difficile : lorsque la température augmente fortement, la demande progresse rapidement, tandis que les capacités de production, de stockage et de distribution doivent suivre dans des délais très courts.
L’enjeu pour les prochaines années sera donc moins de gérer les pénuries une fois qu’elles apparaissent que de parvenir à les anticiper : constituer des stocks suffisants, mieux répartir les volumes entre les régions et renforcer la coordination entre producteurs, distributeurs et autorités publiques.