Après avoir frôlé les 500 dinars le gramme durant les premiers mois de 2026, le prix de l’or connaît un net repli sur le marché tunisien. Mais cette baisse ne suffit pas à relancer les ventes de bijoux. Entre flambée des cours, recul du pouvoir d’achat et dépréciation du dinar, les bijoutiers font face à une stagnation particulièrement marquée de leur activité.
Dans une déclaration au quotidien Assabah, publiée mercredi 4 novembre 2026, le président de la Chambre syndicale des bijoutiers, Hatem Ben Youssef, décrit une situation de stagnation sans précédent dans le secteur. Selon lui, la demande s’est considérablement contractée après la forte progression des prix enregistrée cette année.
Sur le marché de la Bourse de l’or, au Souk El Berka, le gramme est actuellement annoncé autour de 340 dinars pour l’or 18 carats et de 380 dinars pour le 24 carats. L’or cassé, c’est-à-dire les bijoux usagés destinés notamment à être revendus ou refondus, s’échange autour de 300 dinars le gramme.
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Ces niveaux restent élevés pour une grande partie des ménages, malgré le recul par rapport aux sommets précédemment atteints. En juillet dernier, Hatem Ben Youssef évoquait déjà un prix de vente de l’or neuf à partir de 500 dinars le gramme, tandis que l’or d’occasion se négociait autour de 340 dinars.
Des prix élevés qui éloignent les consommateurs des bijouteries
Pour les professionnels, le problème ne réside pas uniquement dans les fluctuations des cours internationaux. La hausse du prix de l’or se conjugue à une érosion du pouvoir d’achat, qui limite la capacité des ménages à consacrer une part importante de leur budget à l’achat de bijoux.
Cette situation touche particulièrement les achats liés aux mariages et aux cérémonies familiales, traditionnellement importants pour le secteur. Les consommateurs doivent désormais revoir leurs budgets à la baisse, réduire le poids des parures ou reporter certains achats.
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Le marché est également affecté par l’évolution de la clientèle étrangère et des Tunisiens résidant à l’étranger. En août dernier, Hatem Ben Youssef relevait que les touristes algériens et libyens se rendaient davantage dans les souks de l’or pour vendre leurs bijoux que pour en acheter. Il soulignait également que les Tunisiens résidant à l’étranger ne contribuaient plus autant qu’auparavant à dynamiser le marché durant la saison estivale.
La baisse des ventes intervient ainsi dans un contexte où plusieurs sources traditionnelles de demande perdent de leur dynamisme.
Une correction des cours après une envolée exceptionnelle
Interrogé sur les récentes fluctuations des prix internationaux, le président de la Chambre syndicale des bijoutiers estime que leur impact sur les commerçants reste limité à court terme. Les professionnels disposent en effet de stocks constitués à différents moments, ce qui peut atténuer les effets immédiats des variations des cours.
Fort de cinquante années d’expérience dans le secteur, Hatem Ben Youssef affirme n’avoir jamais observé une progression aussi importante des prix. Il considère le recul actuel comme une correction naturelle après une envolée exceptionnelle, plutôt que comme le signe d’un effondrement durable du marché.
À l’échelle internationale, les cours restent particulièrement volatils. Le 4 novembre, l’or a rebondi de 2,4%, à environ 4022 dollars l’once, après une période de correction marquée. Les variations du dollar, les taux d’intérêt américains et les incertitudes économiques et géopolitiques continuent de peser sur les anticipations des investisseurs.
La banque HSBC considère néanmoins que plusieurs facteurs structurels restent favorables au métal précieux à moyen et long termes, notamment l’endettement des États, les déficits budgétaires et les incertitudes économiques mondiales.
Les banques centrales achètent, les consommateurs réduisent leurs achats
Le contraste entre les investisseurs institutionnels et les consommateurs est particulièrement visible dans les dernières données internationales.
Selon le Conseil mondial de l’or, les banques centrales et autres institutions officielles ont ajouté 321,2 tonnes d’or à leurs réserves au troisième trimestre 2026, soit une progression de 42% sur un an. Sur les neuf premiers mois de l’année, leurs achats nets atteignent 675 tonnes, en hausse de 6% par rapport à la même période de 2025.
À l’inverse, la demande mondiale de bijoux en or a reculé de 17% au troisième trimestre, pour s’établir à 313 tonnes. Il s’agit du niveau le plus faible enregistré pour un troisième trimestre dans les séries historiques du Conseil mondial de l’or. L’institution attribue principalement cette contraction au niveau élevé des prix, qui incite les consommateurs à se tourner vers des bijoux plus légers ou présentant une teneur en or plus faible.
Cette évolution rejoint les difficultés décrites par les professionnels tunisiens : l’or conserve son attrait comme actif de réserve et instrument de diversification patrimoniale, mais son coût réduit son accessibilité pour les acheteurs de bijoux.
Dans ce contexte, les professionnels rappellent aux consommateurs l’importance de s’adresser à des commerces agréés et de vérifier la présence du poinçon de garantie ainsi que de la carte indiquant le titre de l’or. Une précaution d’autant plus importante lorsque les écarts de prix et les fluctuations du marché favorisent les risques de fraude et les transactions sur le marché parallèle.
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