La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de justice transitionnelle auprès du tribunal de première instance de Tunis a repris l’examen du dossier relatif à l’hôtel La Plaza à La Marsa, une affaire dans laquelle l’ancien régime de Zine El Abidine Ben Ali et le clan Trabelsi sont accusés par le plaignant d’avoir facilité une opération de confiscation présumée d’un bien immobilier.
Selon le journal Assabah, qui a rapporté les derniers développements de cette affaire, la chambre a examiné le dossier en présence du plaignant Adel Ayachi, avant de décider le report de l’audience au 25 avril afin de joindre cette affaire à un autre dossier lié aux mêmes faits.
Une affaire qui remonte aux années 1980
D’après le témoignage d’Adel Ayachi, l’origine du litige remonte à 1981. Le plaignant affirme que son oncle aurait profité de l’état de santé très dégradé de son père pour lui faire signer des documents de vente concernant l’hôtel La Plaza à La Marsa ainsi que d’autres biens familiaux.
Ayachi soutient que ces transactions étaient illégales et qu’il aurait engagé plusieurs procédures judiciaires pour récupérer les biens considérés comme appartenant à sa famille. Il affirme notamment avoir obtenu des décisions favorables dans les années 1980 concernant l’annulation de certains actes de vente, sans toutefois parvenir à faire exécuter pleinement ces jugements.
Le rôle présumé du régime Ben Ali
Toujours selon le récit rapporté par Assabah, le plaignant affirme que la situation aurait changé après l’arrivée de Zine El Abidine Ben Ali au pouvoir en 1987, en raison des liens personnels qu’entretenait son oncle avec l’ancien président.
Il accuse des interventions politiques d’avoir influencé l’évolution judiciaire du dossier, notamment après des décisions rendues par la Cour de cassation dans les années 1990 favorables à son oncle.
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Ces accusations restent toutefois celles formulées par le plaignant dans le cadre de la procédure et doivent être distinguées des faits établis par une décision judiciaire définitive.
Imed Trabelsi entre dans le dossier
Le dossier prend une nouvelle dimension à partir de 2010, lorsque l’hôtel aurait été vendu à Imed Trabelsi, neveu de l’ancienne première dame Leïla Trabelsi.
Selon Adel Ayachi, cette opération aurait été réalisée sous l’influence du cercle présidentiel de l’époque. Il affirme que le prix payé, estimé à environ 1,3 million de dinars, était largement inférieur à la valeur réelle du bien, qu’il évalue à plusieurs milliards de dinars.
Imed Trabelsi, figure emblématique du clan présidentiel avant la révolution, a déjà été poursuivi dans plusieurs affaires de corruption financière. La justice tunisienne a notamment prononcé à son encontre plusieurs condamnations dans des dossiers distincts.
Un dossier inscrit dans le processus de justice transitionnelle
Après la révolution de 2011, Adel Ayachi affirme avoir présenté son dossier aux structures chargées d’examiner les abus de l’ancien régime, avant son orientation vers la justice transitionnelle.
Cette juridiction spécialisée a pour mission d’examiner les violations graves liées notamment à la corruption, à l’abus de pouvoir et aux atteintes aux droits économiques durant la période précédant la révolution.
L’affaire de l’hôtel La Plaza intervient dans un contexte plus large de traitement judiciaire des dossiers impliquant des membres de l’ancien cercle dirigeant. Plusieurs procédures ont concerné Imed Trabelsi, y compris des mécanismes de conciliation liés à la justice transitionnelle avec l’État tunisien.
À ce stade, la chambre spécialisée poursuit l’examen du dossier afin de déterminer les responsabilités éventuelles dans cette affaire complexe mêlant conflit familial, propriété immobilière et accusations d’utilisation de l’influence politique sous l’ancien régime.