Annoncé comme un projet structurant pour le centre du pays, l’hôpital universitaire Roi Salman de Kairouan ne devrait finalement ouvrir ses portes qu’en 2029. Entre promesses et échéances sans cesse repoussées, ce chantier est devenu l’un des symboles les plus frappants des retards qui plombent les grands projets publics en Tunisie.
En Tunisie, certains projets semblent avancer au rythme des annonces plutôt qu’à celui des travaux. L’hôpital universitaire Roi Salman de Kairouan en est l’illustration parfaite.
Lundi 22 juin 2026, le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, a assuré lors d’une séance de dialogue avec les députés du Conseil national des régions et des districts, que le chantier était enfin entré dans sa phase de réalisation et que l’établissement devrait accueillir ses premiers patients en 2029.
De projet prioritaire à dossier enlisé
Une annonce qui pourrait apparaître comme une bonne nouvelle, si elle n’intervenait pas près de neuf ans après la signature de l’accord tuniso-saoudien ayant donné naissance au projet.
Car derrière cette nouvelle échéance se cache une réalité moins reluisante : entre la signature du protocole en 2017 et l’ouverture annoncée en 2029, il se sera écoulé douze années.
Lorsque la Tunisie et l’Arabie saoudite signent leur accord en octobre 2017, les ambitions sont élevées. Le futur hôpital universitaire doit renforcer l’offre de santé dans les régions de l’intérieur et contribuer à réduire les inégalités d’accès aux soins spécialisés.
Le projet bénéficie d’un important financement saoudien et figure rapidement parmi les réalisations présentées comme prioritaires. Pourtant, les années passent sans que le chantier ne démarre réellement. Depuis 2020, les autorités annoncent le lancement imminent des travaux.
A chaque fois, les délais expirent sans qu’aucune avancée tangible ne soit observée sur le terrain. Face aux critiques, les autorités expliquent alors que les aménagements préparatoires sont en cours et que les études techniques doivent être finalisées avant le lancement effectif des travaux. Mais là encore, les mois passent sans changement notable.
Un chantier lancé, mais une confiance à reconstruire
L’affaire est d’autant plus sensible que le projet a régulièrement été cité dans les discours officiels comme l’exemple même des lourdeurs administratives. Depuis 2019, le président Kaïs Saïed a évoqué à plusieurs reprises ce dossier pour dénoncer les blocages bureaucratiques qui freinent les investissements publics.
En octobre 2025 encore, des députés effectuant une visite sur le site constataient l’absence d’activité et s’interrogeaient publiquement sur le sort du projet. Ce n’est qu’en décembre 2025 que le contrat de réalisation est finalement signé et que le terrain est officiellement remis au groupement chargé de la construction.
Sur le papier, le futur établissement a tout d’un projet majeur : 320 lits, plusieurs spécialités médicales, un statut universitaire et des équipements annoncés aux standards internationaux.
Le véritable défi consiste désormais à restaurer la crédibilité de la parole publique autour des grands projets. Car à Kairouan, les habitants ont entendu défiler les dates de 2021, puis de 2022, puis de 2024, avant d’apprendre aujourd’hui que l’ouverture n’interviendrait finalement qu’en 2029.
L’hôpital Roi Salman pourrait devenir un fleuron sanitaire pour le centre du pays. Mais il restera aussi, quoi qu’il advienne, le rappel qu’en Tunisie un projet annoncé comme urgent peut parfois mettre plus d’une décennie à devenir réalité.
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