L’investissement industriel donne l’image d’une Tunisie à deux vitesses. Au premier semestre 2026, les perspectives progressent globalement, mais derrière cette amélioration se cache un net décrochage du textile-habillement-cuir, dont le solde d’opinion tombe à −4 %, tandis que les industries mécaniques et électriques atteignent +48 %. Pour le second semestre, l’écart pourrait encore se creuser : le textile anticipe un nouveau recul, à −6 %.
Une amélioration globale qui masque de profondes fractures
L’enquête menée par l’Institut national de la statistique auprès de 1085 entreprises privées fait apparaître une industrie tunisienne loin d’être homogène.
L’indicateur global de l’investissement progresse, traduisant une amélioration des anticipations des chefs d’entreprise. Mais cette tendance d’ensemble masque des évolutions radicalement différentes selon les secteurs.
D’un côté, certaines branches affichent une confiance renforcée et des intentions d’investissement nettement orientées à la hausse. De l’autre, des secteurs historiquement importants pour l’industrie tunisienne entrent dans une zone de recul.
Le cas du textile-habillement-cuir est particulièrement révélateur.
Le textile bascule dans le rouge
Au premier semestre 2026, le solde d’opinion relatif à l’investissement dans le secteur textile-habillement-cuir s’établit à −4 %.
Ce chiffre ne correspond pas à une baisse de 4 % des montants réellement investis. Il s’agit d’un solde d’opinion, construit à partir de la différence entre la part des chefs d’entreprise anticipant une hausse de leurs investissements et celle prévoyant une baisse.
Mais l’indicateur reste révélateur : les opinions négatives deviennent plus nombreuses que les anticipations positives.
Et la tendance ne devrait pas s’inverser immédiatement. Pour le second semestre, le solde d’opinion du secteur tomberait à −6 %, confirmant la persistance d’un climat d’investissement dégradé.
La mécanique et l’électrique prennent le contre-pied
À l’opposé, les industries mécaniques et électriques affichent une dynamique particulièrement forte.
Leur solde d’opinion sur l’investissement atteint +48 %, soit l’un des niveaux les plus élevés parmi les secteurs industriels étudiés.
L’écart avec le textile illustre l’ampleur de la divergence : entre un secteur dont les entreprises anticipent davantage un recul qu’une progression et un autre où les perspectives positives dominent largement, l’industrie tunisienne avance désormais selon des rythmes très différents.
Cette accélération de la mécanique et de l’électrique constitue un signal encourageant pour des activités davantage intégrées aux chaînes de valeur industrielles et tournées vers des productions à plus forte composante technologique.
Le textile n’est pas le seul secteur à montrer des signes de faiblesse. L’enquête fait également apparaître un ralentissement dans les industries chimiques, confirmant que l’amélioration globale de l’investissement ne profite pas à l’ensemble du tissu industriel.
Le risque serait donc de tirer des conclusions trop rapides à partir du seul indicateur général. Une progression globale peut coexister avec des difficultés sectorielles importantes, voire avec une aggravation des écarts entre branches.
Une industrie de plus en plus contrastée
Le principal enseignement de cette enquête est finalement moins la progression de l’indicateur global que la fragmentation des trajectoires industrielles.
La Tunisie ne fait pas face à une industrie uniformément en reprise ou uniformément en difficulté. Elle voit au contraire certains secteurs accélérer pendant que d’autres reculent.
La question des prochains mois sera donc de savoir si la dynamique des industries mécaniques et électriques pourra entraîner plus largement l’investissement industriel ou si, au contraire, la faiblesse persistante du textile et le ralentissement de la chimie finiront par peser davantage sur l’ensemble du secteur.
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