La crise financière que traverse l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) commence désormais à se traduire concrètement dans le fonctionnement de ses structures régionales et locales. Au Kef, la fermeture des locaux des unions locales de Tajerouine et Dahmani, faute de paiement des loyers pendant plusieurs mois, vient illustrer les difficultés auxquelles fait face la centrale syndicale.
Dans un communiqué destiné à l’opinion syndicale, l’Union régionale du travail du Kef a expliqué que la fermeture des deux locaux intervient en raison de plusieurs mois d’impayés. La décision a été prise par le service chargé des locations au sein de l’UGTT.
L’organisation précise toutefois que la mesure ne concerne pas uniquement Tajerouine et Dahmani. Elle s’inscrit dans une démarche plus large touchant les différentes structures locales de l’UGTT installées dans des locaux loués.
L’Union régionale du travail du Kef a notamment remercié les propriétaires des deux locaux pour leur patience et pour avoir accepté de patienter plusieurs mois sans engager de procédures judiciaires ni procéder à une saisie des équipements de l’organisation.
Face à cette situation, les responsables syndicaux du Kef ont appelé les syndicalistes à contribuer à la recherche de solutions permettant de sortir de cette crise et d’en limiter les conséquences sur l’activité syndicale aux niveaux régional et national.
Une crise financière qui ne date pas d’aujourd’hui
La situation au Kef intervient dans un contexte de difficultés financières plus larges au sein de l’UGTT. La principale centrale syndicale tunisienne a vu ses ressources se contracter après la suspension, par le gouvernement, du mécanisme de prélèvement direct des cotisations syndicales sur les salaires.
Ce mécanisme constituait depuis des années une source de financement régulière pour l’organisation. Sa suspension au début de 2026 a privé l’UGTT d’une partie importante de ses recettes automatiques et l’a contrainte à compter davantage sur le paiement volontaire des cotisations par ses adhérents.
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Cette décision est intervenue alors que les relations entre le pouvoir exécutif et la centrale syndicale étaient déjà particulièrement tendues. L’UGTT avait vivement contesté la remise en cause du prélèvement direct, présenté par ses dirigeants comme un mécanisme facilitant le financement de l’activité syndicale.
Des mesures d’austérité au niveau national
La nouvelle direction de l’UGTT, issue du congrès extraordinaire de mars 2026 et dirigée par Salah Eddine Salmi, a elle-même reconnu l’ampleur des difficultés financières.
Dès le mois d’avril, le nouveau bureau exécutif national avait décidé de mettre en place une commission composée d’experts et de syndicalistes afin d’élaborer une stratégie destinée à traiter les difficultés financières de l’organisation. Il avait également décidé de suspendre les indemnités accordées aux membres du bureau exécutif national et annoncé la cession du véhicule mis à la disposition du secrétaire général afin de renforcer les ressources de la centrale.
En juillet, l’UGTT a encore renforcé ses mesures de rationalisation des dépenses. Une note adressée aux unions régionales a notamment indiqué que les recettes provenant des cotisations devaient être affectées en priorité au paiement des salaires des employés de l’organisation.