La filière oléicole tunisienne entre dans une nouvelle phase. Face aux blocages structurels qui freinent encore l’un des secteurs les plus stratégiques du pays, l’Ordre des ingénieurs tunisiens (OIT) a lancé une enquête nationale de grande ampleur destinée à préparer une feuille de route opérationnelle pour l’huile d’olive tunisienne.
Menée en partenariat avec la Commission parlementaire de l’agriculture, cette initiative vise à faire remonter les difficultés du terrain, mais aussi les pistes concrètes de réforme sur toute la chaîne de valeur : production, trituration, stockage, conditionnement, export et montée en gamme.
Un secteur clé, mais encore freiné
L’objectif affiché est clair : lever les contraintes qui empêchent la filière de gagner davantage en valeur et en compétitivité.
Malgré son statut de pilier de l’économie nationale et sa place de choix sur les marchés extérieurs, l’huile d’olive tunisienne reste confrontée à plusieurs défis : faible valorisation du conditionné, dépendance au vrac, volatilité des prix, problèmes de logistique et de stockage, besoin accru d’innovation technique.
L’enquête s’adresse ainsi aux ingénieurs, experts et professionnels de l’ensemble de l’écosystème oléicole, invités à partager leurs constats et recommandations afin d’aboutir à une vision sectorielle plus cohérente.
L’expertise technique au cœur de la stratégie
À travers cette démarche, l’OIT cherche aussi à renforcer le rôle de l’expertise tunisienne dans les grandes orientations économiques nationales.
L’idée est de transformer les retours du terrain en propositions directement exploitables pour les décideurs publics et les acteurs privés, dans un contexte où la Tunisie cherche à consolider ses performances à l’export et à mieux protéger la valeur de son huile d’olive. Les chiffres récents montrent d’ailleurs une dynamique positive, avec une forte progression des exportations en début de campagne 2025-2026.
Une feuille de route pour la souveraineté économique
Au-delà du simple diagnostic, cette consultation nationale pourrait déboucher sur une véritable stratégie de modernisation de la filière.
L’enjeu dépasse la seule production agricole : il touche à la souveraineté économique, à la création de valeur locale et au positionnement premium de la Tunisie sur les marchés internationaux.
Dans un pays où l’huile d’olive demeure un marqueur économique majeur, cette feuille de route pourrait servir de base à une réforme plus profonde du secteur, articulée autour de la durabilité, de l’innovation et de la montée en qualité.
Le vrai défi ne sera pas seulement de consulter la filière, mais de transformer cette expertise en décisions rapides et applicables sur le terrain.
Une campagne record à l’export
Portée par une récolte exceptionnelle estimée à 500 000 tonnes pour la campagne 2025-2026, rappelons que la Tunisie enregistre une nette accélération de ses ventes à l’étranger, avec des niveaux rarement atteints ces dernières années.
Selon les données les plus récentes de l’ONAGRI, les exportations ont atteint 184.300 tonnes sur les quatre premiers mois de la campagne, entre novembre 2025 et février 2026, en hausse de 49,6% par rapport à la même période de la saison précédente. Les recettes ont, elles, franchi le seuil de 2,263 milliards de dinars, confirmant le rôle central de l’huile d’olive dans les équilibres du commerce extérieur tunisien.
Derrière ces chiffres impressionnants, un défi persiste : la faible part du conditionné. Près de 88,5% des volumes exportés partent encore en vrac, contre seulement 11,5% en huile conditionnée. Or, c’est précisément sur le conditionné, les labels et les marques tunisiennes que se joue la vraie bataille de la valeur ajoutée.
Cette campagne record offre à la Tunisie une opportunité rare : transformer la performance quantitative en gain durable de valeur. Avec une production aussi abondante, l’enjeu pour la filière n’est plus uniquement d’augmenter les volumes, mais de mieux valoriser l’origine tunisienne, pousser le bio, renforcer le premium et gagner du terrain sur le conditionné.