L’Institut national de la statistique (INS) a publié le 5 septembre son nouveau rapport consacré aux statistiques issues du Répertoire national des entreprises (RNE), portant sur les données de 2024. Le document recense 836.808 entreprises privées, contre 824.593 en 2023, soit 12.215 unités supplémentaires. Mais derrière cette progression du nombre d’entreprises, le rapport révèle un tissu économique particulièrement atomisé : 729.240 entreprises, soit environ 87% du total, n’emploient aucun salarié.
Un stock d’entreprises en hausse, malgré moins de nouvelles entrées
Le nombre total d’entreprises privées recensées par le RNE atteint ainsi son niveau le plus élevé de la série présentée par l’INS, qui remonte à 2005. Après 824.593 entreprises en 2023, le stock passe à 836.808 en 2024, soit une progression de 1,48%. Cette progression mérite toutefois d’être nuancée par l’évolution de la démographie des entreprises.
En 2024, le RNE a enregistré 27.143 entrées, contre 33.657 en 2023, soit une baisse de 6514 entrées, équivalente à environ 19,4%. Le nombre d’entrées est donc nettement inférieur à celui observé en 2023 et se situe également très loin des niveaux de 2021 et 2022, qui dépassaient respectivement 56.000 nouvelles entreprises.
Dans le même temps, les sorties ont fortement diminué : 14.928 entreprises sont sorties du répertoire en 2024, contre 34.751 en 2023.
La différence entre les deux flux explique exactement l’augmentation du stock : 27.143 entrées moins 14.928 sorties, donc 12.215 entreprises supplémentaires, soit le passage de 824.593 à 836.808 unités.
Autrement dit, la hausse du nombre d’entreprises en 2024 ne provient pas d’une accélération des créations. Elle résulte du fait que les sorties ont reculé beaucoup plus fortement que les entrées.
Près de 9 entreprises sur 10 sans salarié
C’est probablement l’un des enseignements les plus significatifs du rapport.
Sur les 836.808 entreprises privées recensées en 2024, 729.240 n’ont aucun salarié. À l’inverse, 64.147 entreprises comptent entre un et deux salariés, 21.896 entre trois et cinq salariés et 8129 entre six et neuf salariés. Seules 1877 entreprises comptent au moins 100 salariés. La proportion d’entreprises sans salarié atteint ainsi 87,1% du total.
Cette caractéristique s’explique en partie par la structure même du RNE : celui-ci ne recense pas uniquement les sociétés employeuses, mais également des personnes physiques exerçant une activité indépendante. L’INS précise que le répertoire est constitué notamment à partir des fichiers de la DGI et de la CNSS et qu’il comprend notamment les indépendants et les employeurs.
La forme juridique confirme cette forte atomisation. Les personnes physiques représentent 628.323 unités, devant les SARL avec 149.072, les SUARL avec 46.891 et les sociétés anonymes avec 6417.
Une hausse du nombre d’entreprises qui ne se traduit pas par davantage d’emplois
Le contraste apparaît encore plus nettement lorsqu’on regarde l’emploi salarié formel. Le secteur privé compte 1.164.914 emplois salariés formels en 2024, contre 1.165.571 en 2023. La variation est donc extrêmement faible : 657 emplois de moins, soit environ -0,06%.
Le décalage entre les deux indicateurs est révélateur : le nombre d’entreprises augmente de 12.215 unités, alors que l’emploi salarié formel reste pratiquement stable.
La structure de l’emploi est elle-même très concentrée. Les entreprises employant 200 salariés ou plus regroupent à elles seules 522.193 emplois formels, soit près de la moitié du total. Les entreprises de 100 à 199 salariés en concentrent encore 135.064.
Cette concentration contraste avec le très grand nombre de petites unités sans salariés ou employant seulement quelques personnes.
Tunis, Sfax et Sousse concentrent une large partie du tissu entrepreneurial
La répartition géographique confirme également les fortes disparités territoriales. Le gouvernorat de Tunis arrive largement en tête avec 150.351 entreprises, devant Sfax avec 82.893, Sousse avec 64.476, Ariana avec 61.522 et Nabeul avec 61.518. À eux cinq, ces gouvernorats regroupent près de 421.000 entreprises, soit environ la moitié du total national.
À l’autre extrémité, plusieurs gouvernorats de l’Ouest et du Sud affichent des volumes beaucoup plus faibles : Gafsa compte 13.968 entreprises, Tozeur 6253 et Kébili 8953.
Le rapport met ainsi en évidence une concentration persistante de l’activité entrepreneuriale dans le Grand Tunis et les principaux pôles économiques du littoral.
Le commerce et les services restent au cœur du tissu entrepreneurial
La photographie fournie par le RNE montre par ailleurs le poids des activités commerciales et de services dans l’économie privée.
Le commerce de détail, le commerce de gros ainsi que les activités liées à la réparation automobile représentent à eux seuls une part importante des entreprises recensées. Le rapport fournit également une ventilation détaillée par activité, gouvernorat, forme juridique, nationalité et tranche de salariés.
Du côté de l’emploi formel, l’industrie textile et de l’habillement constitue l’un des principaux pourvoyeurs avec 164.941 emplois salariés, devant notamment les industries alimentaires et des boissons avec 73.692 emplois.
Des créations à surveiller plutôt qu’un simple effet de hausse du stock
Les chiffres du RNE invitent donc à ne pas interpréter automatiquement la progression du nombre d’entreprises comme le signe d’une accélération de la création d’activité.
En 2024, le stock progresse, mais les entrées diminuent de 19,4%. La hausse du nombre total d’entreprises est rendue possible par un recul beaucoup plus marqué des sorties, qui passent de 34.751 à 14.928.
Il faut également éviter de comparer mécaniquement 2024 à certaines années atypiques. L’INS rappelle notamment qu’en 2018, la Direction générale des impôts avait procédé à une radiation administrative des entreprises n’ayant pas fait référence à une activité économique au cours des quatre années précédentes, ce qui avait provoqué une forte hausse des sorties cette année-là.
Le RNE constitue par ailleurs un répertoire administratif dont la situation au 31 décembre de l’année n est arrêtée à la fin du premier semestre de l’année n+1. Cette précision méthodologique est importante pour interpréter correctement les données de démographie des entreprises.
Le rapport de l’INS dessine ainsi un tissu entrepreneurial plus nombreux, mais toujours largement composé de très petites unités, tandis que la création d’entreprises ralentit et que l’emploi salarié formel demeure pratiquement stable.
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