La Tunisie prend, ce lundi 7 septembre 2026 au Caire, la présidence du Conseil de la Ligue des États arabes au niveau ministériel, pour une période qui s’étendra jusqu’en mars 2027. Au-delà du passage de relais institutionnel, cette séquence offre à Tunis une fenêtre diplomatique particulière, mais dont la portée doit être correctement mesurée.
Le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, conduit la délégation tunisienne à la 166e session ordinaire du Conseil. Selon un communiqué du ministère, Tunis entend faire de cette présidence un espace de dialogue, de concertation et de coordination, en soutenant les efforts visant à rapprocher les positions des États membres.
À la veille de la prise de présidence, Mohamed Ali Nafti a précisé au Caire les ambitions tunisiennes. Lors d’un entretien avec le secrétaire général de la Ligue arabe, il a réaffirmé la volonté de la Tunisie de contribuer à faire avancer l’action arabe commune, en privilégiant la compréhension, le dialogue et la solidarité, ainsi que le rapprochement des points de vue et la construction de positions arabes communes sur les dossiers prioritaires.
Le ministre a également mis en avant un levier plus concret : les organisations arabes spécialisées installées en Tunisie. Il a souligné leur rôle dans le renforcement des dimensions développementale, économique, éducative, culturelle et technologique de l’action arabe commune, tout en réaffirmant la volonté de Tunis de continuer à soutenir ces institutions.
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Repères : Une présidence face à un agenda particulièrement chargé
La Tunisie prend la tête du Conseil ministériel alors que la Ligue arabe doit se pencher sur une série de crises qui traversent la région. La Palestine, avec la situation à Gaza et en Cisjordanie, figure au premier plan, mais les ministres doivent également examiner les développements en Libye, en Syrie, au Soudan, au Yémen et en Somalie. Les questions de sécurité nationale arabe, de lutte contre le terrorisme ainsi que plusieurs dossiers de coopération économique et sociale figurent également à l’agenda.
Cette accumulation de crises donne à la présidence tunisienne une visibilité particulière, mais souligne aussi ses limites : sur chacun de ces dossiers, Tunis devra composer avec les positions et les intérêts parfois divergents des États membres.
Une présidence qui ne donne pas les pleins pouvoirs
Présider le Conseil de la Ligue arabe ne signifie pas diriger l’organisation pendant six mois. La Charte de la Ligue prévoit une rotation entre les États membres pour la présidence de chaque session ordinaire. Les décisions continuent à relever collectivement des États membres et, sur les grandes questions politiques, la recherche du consensus demeure déterminante.
La Tunisie ne pourra donc ni imposer une décision ni déterminer seule la position arabe sur une crise. Son influence peut cependant s’exercer autrement : dans la conduite des travaux, la multiplication des consultations et la recherche de compromis entre des positions parfois éloignées.
C’est précisément sur ce terrain que Tunis affirme vouloir agir.
Palestine : Le premier test
Le dossier palestinien occupera immédiatement le devant de la scène. La situation à Gaza et en Cisjordanie constitue l’une des principales questions soumises aux ministres arabes.
Pour la diplomatie tunisienne, l’enjeu sera de transformer une position nationale particulièrement affirmée sur la Palestine en capacité à favoriser une position arabe commune. Une tâche d’autant plus délicate que les États membres de la Ligue entretiennent des relations très différentes avec Israël et ne partagent pas toujours les mêmes priorités diplomatiques.
La présidence ne permettra pas à Tunis d’imposer sa ligne, mais elle lui donnera une position privilégiée pour encourager les consultations et tenter de rapprocher les positions.
La Libye, dossier où Tunis dispose d’une carte particulière
La Libye constitue un autre terrain sur lequel la Tunisie peut tenter d’utiliser sa position. Tunis est directement concernée par la stabilité de son voisin oriental et participe, aux côtés de l’Égypte et de l’Algérie, au mécanisme de concertation trilatérale consacré à la crise libyenne.
Cette proximité géographique et diplomatique donne à la Tunisie une expérience particulière du dossier. La présidence du Conseil lui offre un cadre supplémentaire pour multiplier les consultations autour d’un règlement politique libyo-libyen, sans pour autant se substituer aux dispositifs des Nations unies ou aux initiatives régionales déjà existantes.
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Six mois pour multiplier les passerelles
L’intérêt de cette présidence pourrait finalement se mesurer moins au nombre de décisions adoptées qu’à la capacité de Tunis à devenir, pendant quelques mois, un point de passage diplomatique entre plusieurs capitales arabes.
Mohamed Ali Nafti doit d’ailleurs profiter de la réunion du Caire pour tenir une série d’entretiens bilatéraux avec ses homologues arabes. Ces rencontres constituent l’un des leviers dont dispose la diplomatie tunisienne pour donner un contenu politique à cette présidence tournante.
Palestine, Libye, sécurité régionale, coopération économique ou coordination entre États arabes : la Tunisie dispose donc d’une fenêtre de six mois pour mettre en avant ses priorités, intensifier les consultations et tenter de rapprocher certaines positions.
Une marge de manœuvre réelle, mais essentiellement diplomatique : Tunis présidera les travaux du Conseil, elle ne décidera pas à la place de ses membres.