Selon la déclaration finale publiée par le ministère tunisien des Affaires étrangères et relayée par la TAP, les ministres des Affaires étrangères de Tunisie, d’Algérie et d’Égypte, réunis au Caire le 21 mai 2026, ont réaffirmé leur soutien à une solution politique libyo-libyenne, au rejet des ingérences étrangères et au retrait des forces étrangères, combattants étrangers et mercenaires du territoire libyen. Mais la lecture croisée des positions officielles montre des accents différents : stabilité frontalière et économique pour Tunis, sécurité nationale pour Le Caire, souveraineté et multilatéralisme pour Alger.
Tunis privilégie la stabilité régionale et les échanges
Du côté tunisien, le discours reste fidèle à une approche prudente fondée sur le dialogue entre Libyens et la recherche d’un consensus sans exclusion.
La Tunisie insiste depuis plusieurs années sur la nécessité d’une solution « libyo-libyenne » issue de la volonté du peuple libyen lui-même, tout en évitant les logiques d’alignement régional.
Au-delà de la dimension diplomatique, la stabilité de la Libye représente également un enjeu économique et sécuritaire direct pour Tunis. Les autorités tunisiennes restent attentives à la sécurité des frontières communes, aux flux commerciaux et à la circulation des personnes entre les deux pays.
La Libye demeure en effet un partenaire économique majeur pour de nombreuses entreprises tunisiennes, notamment dans les secteurs du commerce, des services et du bâtiment.
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Le Caire met l’accent sur la sécurité
L’Égypte, qui accueillait cette réunion, semble accorder une priorité particulière à la dimension sécuritaire du dossier libyen.
Dans ses communications officielles, Le Caire rappelle régulièrement que la stabilité de la Libye est liée à la sécurité nationale égyptienne et arabe. Les autorités égyptiennes insistent particulièrement sur le retrait des combattants étrangers, des mercenaires et des forces étrangères présentes en Libye.
Le communiqué final reprend d’ailleurs explicitement le soutien aux efforts visant à consolider le cessez-le-feu et à organiser le retrait des forces étrangères selon un calendrier défini.
Pour l’Égypte, la question libyenne reste étroitement liée à la stabilité de sa frontière occidentale et aux équilibres sécuritaires régionaux.
Alger défend la souveraineté et le cadre multilatéral
L’Algérie continue pour sa part de défendre une approche centrée sur la souveraineté libyenne et le cadre multilatéral.
La diplomatie algérienne insiste régulièrement sur le rôle central des Nations unies, mais aussi sur l’importance de la coordination avec l’Union africaine et les acteurs régionaux.
Alger met également l’accent sur l’inclusion des différentes composantes politiques et sociales libyennes dans le futur processus de règlement, afin d’éviter toute solution imposée de l’extérieur.
Cette ligne diplomatique s’inscrit dans la doctrine traditionnelle algérienne de non-ingérence et de règlement politique des crises régionales.
Une coordination régionale relancée
Au-delà des nuances entre les trois capitales, cette réunion marque surtout la volonté de relancer le mécanisme tripartite des pays voisins de la Libye, dans un contexte de blocage politique persistant.
Face à la multiplication des initiatives internationales et aux divisions internes libyennes, Tunis, Alger et Le Caire cherchent à réaffirmer leur rôle régional dans le suivi du dossier libyen.
La prochaine réunion, prévue en Algérie, permettra de mesurer si cette coordination diplomatique peut déboucher sur une dynamique politique plus concrète.
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