L’étau judiciaire se resserre autour de Nesrine Ben Ali. Condamnée en Suisse pour des faits de violences et de détention de stupéfiants, la fille aînée de l’ancien président tunisien se retrouve à la croisée de deux trajectoires judiciaires : l’une, immédiate, à Genève ; l’autre, plus lourde, à Tunis, où une nouvelle audience pour infractions financières est fixée au 7 mai prochain — sans qu’elle soit présente dans aucun des deux pays où son nom s’accumule désormais dans les registres d’audience.
Une condamnation genevoise aux contours précis
Selon une ordonnance pénale rendue le 18 mars 2026 par le Ministère public genevois, Nesrine Ben Ali a été condamnée à 60 jours-amende, assortis d’une amende de 30 francs suisses, auxquels s’ajoutent 500 francs pour infraction à la loi sur les stupéfiants et 560 francs de frais de procédure. Une peine privative de liberté de substitution de cinq jours est prévue en cas de non-paiement.
Les faits couvrent deux incidents distincts, survenus les 30 juillet et 3 août 2025 dans le quartier des Grottes, à proximité de la gare de Cornavin. Lors du premier, elle aurait tenté de s’emparer du téléphone portable d’une gérante d’épicerie. Quatre jours plus tard, accusée de vouloir quitter les lieux sans payer, elle aurait frappé la propriétaire à coups de pied, la saisissant brutalement et lui causant des blessures légères — des scènes filmées par des caméras de surveillance.
Lors de son interpellation, la police a retrouvé sur elle une quantité de résine de cannabis inférieure à dix grammes, qualifiée par le parquet de détention pour usage personnel.
Ce n’est pas un premier accroc en Suisse : elle avait déjà été condamnée en 2023 pour séjour illégal à Genève. L’ordonnance actuelle révèle qu’elle résidait de nouveau sans documents valides entre février et août 2025. Pour les besoins de la procédure, elle est enregistrée comme « sans domicile connu », sous un passeport seychellois — un contraste saisissant avec le statut dont son nom était porteur il y a quinze ans.
Tunis : une justice persistante, en son absence
Ces démêlés helvétiques s’inscrivent dans un contexte judiciaire tunisien bien plus chargé, et systématiquement conduit en son absence. Installée en exil depuis la chute du régime en janvier 2011, Nesrine Ben Ali n’a jamais regagné la Tunisie.
Toutes les condamnations prononcées à son encontre l’ont été par contumace : deux ans de prison en 2011 pour détention de stupéfiants, huit ans pour acquisition illicite de terrain, six ans en 2025 aux côtés de Leila Trabelsi et de son ex-époux Sakher El Materi pour exploitation d’une fonction publique à des fins d’avantages indus.
C’est ce même dossier financier — impliquant El Materi et elle — que la chambre criminelle spécialisée du tribunal de première instance de Tunis doit examiner à nouveau le 7 mai, après un report accordé à la demande de la défense.
Une trajectoire d’érosion continue
Entre Genève et Tunis, le nom Ben Ali s’inscrit désormais dans les registres d’audience — non plus comme symbole d’un pouvoir, mais comme un dossier parmi d’autres, instruit en l’absence de l’intéressée.
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