La crise énergétique que traverse la Tunisie pourrait se prolonger durant les prochaines années. C’est l’avertissement lancé par l’ingénieur et expert en énergie Fouad Ali, qui estime que les déséquilibres entre l’offre et la demande d’électricité ne constituent pas un phénomène conjoncturel mais une problématique structurelle.
Invité lundi sur Jawhara FM, l’expert a expliqué que la demande énergétique devrait connaître une nouvelle hausse importante dans les années à venir, notamment avec le développement des véhicules électriques et l’augmentation du nombre de centres de données, très consommateurs d’électricité.
Face à cette évolution, Fouad Ali estime qu’un débat national sur le recours à l’énergie nucléaire deviendra inévitable afin de garantir la sécurité énergétique du pays à long terme.
Des mesures urgentes pour améliorer la production actuelle
À court terme, l’expert propose d’agir sur deux principaux leviers pour réduire la pression sur le système électrique.
Le premier consiste à améliorer les performances du parc actuel de production d’électricité à travers des opérations d’optimisation et d’audit énergétique. Selon lui, ces interventions pourraient permettre de récupérer environ 10% de l’efficacité perdue des centrales en raison notamment des conditions climatiques, soit un gain estimé entre 100 et 200 mégawatts.
Le deuxième axe concerne la consommation. Fouad Ali recommande une révision de la politique tarifaire ainsi que la mise en place d’un système d’incitations et de sanctions afin d’orienter les comportements des consommateurs. Il appelle également au lancement de campagnes nationales de sensibilisation à travers le Fonds de transition énergétique.
Après 2011, une hausse rapide de la consommation
L’expert est revenu sur l’évolution du modèle énergétique tunisien, rappelant que la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) reposait auparavant sur une planification anticipative permettant d’assurer un équilibre entre investissements et besoins futurs.
Selon lui, la période postérieure à 2011 a été marquée par une forte progression de la consommation, notamment avec la généralisation des climatiseurs, parfois de manière non maîtrisée.
Il considère que l’année 2015 a constitué un tournant avec l’adoption de la loi sur les énergies renouvelables, qui a orienté les priorités vers le système des concessions (« lزمات ») au détriment, selon lui, des investissements dans les moyens traditionnels de production électrique.
Des retards dans les énergies renouvelables et des difficultés d’approvisionnement en gaz
Fouad Ali estime que ce changement d’orientation a été accompagné par d’importants retards dans la réalisation des projets d’énergies alternatives, en raison de problèmes de gouvernance et d’un manque de transparence.
Il évoque également l’annulation du contrat supplémentaire d’approvisionnement en gaz conclu avec l’Algérie, expliquant que ce choix reposait sur l’hypothèse d’une montée rapide des énergies propres. Cette situation aurait contraint la STEG à recourir davantage aux marchés spot du gaz, avec des difficultés d’approvisionnement.
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L’expert a par ailleurs souligné que les énergies renouvelables, dans leur configuration actuelle, ne peuvent pas répondre totalement aux périodes de pointe de consommation.
Selon lui, les pics de demande en Tunisie sont principalement liés au secteur résidentiel, notamment durant les heures de midi et de soirée, alors que la production solaire dépend fortement de l’ensoleillement.
À l’inverse, il estime que le secteur industriel représente moins une difficulté, la STEG ayant réussi à conclure des accords avec plusieurs industriels pour ajuster leurs niveaux de consommation.
Pour Fouad Ali, la Tunisie doit donc combiner plusieurs solutions : amélioration de l’efficacité énergétique, réforme de la consommation, accélération des investissements et réflexion sur de nouvelles sources de production pour éviter que la crise énergétique ne devienne durable.