Alors que la Tunisie traverse l’une des plus graves crises électriques de ces dernières années, les conséquences économiques s’étendent désormais bien au-delà des ménages.
Après les industriels, les commerçants et les grandes surfaces, c’est au tour des restaurateurs de dresser un bilan alarmant. Selon la Chambre nationale des propriétaires de restaurants, près de sept établissements sur dix ont subi les effets des coupures répétées d’électricité durant la vague de chaleur, avec des pertes qui s’accumulent de jour en jour.
Une situation inquiétante
Invité ce jeudi 23 juillet sur les ondes de la Radio nationale, le président de la Chambre nationale des propriétaires de restaurants, Islam Chaabane, a indiqué que près de 70 % des restaurants du pays ont été touchés par les interruptions de courant. Les 30 % restants correspondent essentiellement aux établissements opérant dans les zones touristiques.
Cette distinction alimente un sentiment d’inégalité au sein de la profession. Selon Islam Chaabane, les restaurants touristiques n’ont pas connu de coupures d’électricité afin de préserver la saison estivale et l’image de la destination Tunisie. Si cette stratégie peut se comprendre au regard du poids du tourisme dans l’économie nationale, elle laisse une grande partie des restaurateurs, notamment ceux travaillant pour la clientèle locale, supporter seuls le coût de la crise énergétique.
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Les conséquences sont particulièrement lourdes pour une activité qui dépend d’une chaîne du froid permanente. Viandes, poissons, produits laitiers, desserts, légumes frais ou préparations culinaires peuvent rapidement devenir impropres à la consommation après plusieurs heures sans alimentation électrique. Au-delà des pertes directes de marchandises, les coupures entraînent également des interruptions de service, des annulations de réservations, une baisse de fréquentation et des coûts supplémentaires liés au redémarrage des équipements.
Cette situation intervient dans un contexte déjà difficile pour le secteur de la restauration. Depuis plusieurs années, les professionnels font face à une hausse continue des prix des matières premières, de l’énergie, des loyers et des charges d’exploitation. Les coupures électriques viennent désormais fragiliser davantage des trésoreries déjà sous tension.
Un climat de forte exaspération
Le responsable de la profession évoque d’ailleurs un climat de forte exaspération parmi les restaurateurs, confrontés à des pertes importantes de denrées alimentaires sans qu’aucun mécanisme d’indemnisation ne soit prévu à ce stade.
Face à cette situation, la Chambre nationale appelle l’État à intervenir en amont plutôt qu’à gérer les conséquences. Islam Chaabane demande ainsi aux pouvoirs publics de fournir à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) les ressources financières nécessaires afin d’améliorer la qualité du service et d’éviter les coupures répétées, en particulier durant les périodes de forte consommation.
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Cette prise de position illustre un changement de nature de la crise. Les délestages ne constituent plus seulement une gêne pour les particuliers ; ils deviennent un véritable risque économique. Après les hôtels invités à recourir à leurs groupes électrogènes, les grandes surfaces qui réduisent leur consommation énergétique et les commerces confrontés à des difficultés d’exploitation, la restauration rejoint désormais la liste des secteurs directement pénalisés.
À mesure que les témoignages se multiplient, une question devient centrale : quel sera le coût économique global de cet été 2026 marqué par les délestages ? Au-delà des mégawatts économisés, les pertes de chiffre d’affaires, les marchandises détruites et les emplois fragilisés pourraient représenter une facture bien plus lourde que celle de la seule consommation électrique. Le défi pour les autorités ne consiste donc plus uniquement à rétablir l’équilibre du réseau, mais aussi à limiter les effets d’une crise énergétique qui commence à affecter l’ensemble du tissu économique tunisien.