La Tunisie semble enfin entrevoir la fin d’une séquence caniculaire qui restera comme l’une des plus marquantes de son histoire récente. Plus qu’un simple épisode de fortes chaleurs, le pays a traversé une vague de chaleur exceptionnelle par son intensité, sa durée, son extension géographique et son impact continu, de jour comme de nuit.
Alors que les premiers signes d’un rafraîchissement progressif apparaissent sur les régions côtières et le nord du pays, le bilan climatique de ces derniers jours est sans appel. Cette canicule ne s’est pas seulement distinguée par des pics de température. Elle a surtout été caractérisée par sa persistance pendant de nombreux jours consécutifs, son emprise sur une grande partie du territoire tunisien et l’absence de véritable répit nocturne.
La crise énergétique est venue accentuer les effets de cette canicule exceptionnelle. Face à une demande électrique record, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a été contrainte de recourir à des coupures programmées dans plusieurs régions du pays afin de soulager le réseau. En privant temporairement des milliers de foyers de climatisation et de ventilation, ces délestages ont renforcé le sentiment d’étouffement ressenti par la population et ajouté une difficulté supplémentaire à une séquence climatique déjà hors norme.
Un des épisodes les plus extrêmes
Pour le spécialiste des changements climatiques Hamdi Hached, il s’agit de l’un des épisodes les plus extrêmes observés en Tunisie au cours des dernières décennies. Cette vague de chaleur rivalise avec la « heat dome » historique de l’été 2023, mais se distingue surtout par la combinaison de plusieurs facteurs exceptionnels : une chaleur intense, une longue durée, une couverture géographique très étendue et des températures nocturnes anormalement élevées qui ont empêché le refroidissement habituel de l’air.
Les nuits tropicales, où le thermomètre est resté à des niveaux très élevés jusqu’à l’aube, ont accentué le stress thermique subi par la population. Cette absence de rafraîchissement nocturne constitue l’un des marqueurs les plus préoccupants de cet épisode, car elle limite la récupération physiologique des organismes et augmente les risques sanitaires, notamment pour les personnes âgées, les enfants et les malades chroniques.
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D’un point de vue météorologique, cette situation s’explique par l’installation d’une puissante « heat dome », ou coupole de chaleur, provoquée par un anticyclone subtropical particulièrement robuste. Ce système a favorisé la descente et le réchauffement de l’air, tout en bloquant les mouvements atmosphériques et en maintenant une masse d’air saharienne sur la Tunisie pendant plusieurs jours, empêchant la formation de nuages et toute baisse significative des températures.
Au-delà de cet épisode, les climatologues y voient une illustration des effets du réchauffement climatique. Les études montrent que le changement climatique rend les vagues de chaleur plus fréquentes, plus longues et plus intenses, particulièrement dans le bassin méditerranéen, considéré comme l’un des principaux « hot spots » du réchauffement mondial.
La coupole de chaleur s’affaiblit
Désormais, les premières infiltrations d’air plus frais en provenance de la Méditerranée occidentale commencent à affaiblir progressivement la coupole de chaleur. L’amélioration devrait gagner peu à peu les régions intérieures puis le sud du pays d’ici la fin de la semaine, avec un retour graduel vers des températures plus proches des normales saisonnières.
Cette amélioration ne fera toutefois pas oublier une séquence climatique qui pourrait marquer un tournant. Plus que les records absolus de température, c’est l’ampleur du phénomène, sa durée inhabituelle et la persistance d’une chaleur étouffante jusque pendant les nuits qui feront de l’été 2026 l’un des épisodes caniculaires les plus sévères jamais vécus par la Tunisie.