La Banque centrale de Tunisie (BCT) maintient son taux directeur à 7%. Mais derrière ce statu quo monétaire se dessine une équation de plus en plus délicate : l’inflation remonte, la facture énergétique s’alourdit, le déficit courant se creuse et les réserves en devises reculent. Réuni mercredi 7 octobre, le Conseil d’administration de la BCT a décidé de ne pas modifier son taux, tout en soulignant que les risques entourant l’évolution future de l’inflation restent orientés à la hausse.
L’inflation repart, portée par les produits frais
L’inflation a atteint 5,6% en septembre 2026, contre 5,4% en août. La principale accélération provient des produits alimentaires frais, dont les prix ont augmenté de 13% sur un an, contre 11,7% le mois précédent. En revanche, l’inflation sous-jacente, hors produits alimentaires frais et produits à prix encadrés, est restée à 5,1% pour le troisième mois consécutif.
Pour la BCT, cette remontée intervient dans un environnement où les pressions inflationnistes ne sont plus uniquement internes. La hausse des cours mondiaux de l’énergie constitue désormais un risque supplémentaire pour la trajectoire des prix.
La facture énergétique pèse sur les comptes extérieurs
C’est sur le front extérieur que la dégradation apparaît particulièrement nette. Les importations énergétiques ont atteint 11,3 milliards de dinars à fin août 2026, contre 8,8 milliards durant la même période de 2025, soit une hausse de près de 28%.
Cette progression a contribué à porter le déficit courant à 4,694 milliards de dinars, soit 2,5% du PIB, contre 2,724 milliards et 1,6% du PIB un an auparavant.
Dans le même temps, les avoirs nets en devises sont descendus à 23,7 milliards de dinars au 6 octobre, représentant 92 jours d’importation, contre 24,3 milliards et 104 jours un an auparavant. La BCT insiste ainsi sur la nécessité de préserver un niveau adéquat de réserves, notamment en maîtrisant le déficit énergétique.
Une marge de manœuvre qui se resserre
Le dilemme est d’autant plus sensible que la croissance ralentit. Au deuxième trimestre 2026, elle s’est établie à 2,3% sur un an, contre 2,6% au premier trimestre, notamment sous l’effet du recul de l’activité industrielle.
La BCT se retrouve donc face à plusieurs contraintes simultanées : contenir les pressions sur les prix, préserver les équilibres extérieurs et éviter de fragiliser davantage une croissance déjà moins dynamique. Dans ce contexte, le maintien du taux directeur à 7% traduit moins une absence de décision qu’une prudence face à des risques devenus plus difficiles à arbitrer.
L’institution prévient d’ailleurs qu’un maintien durable des prix mondiaux de l’énergie à des niveaux élevés pourrait « réduire considérablement la marge de manœuvre » de l’économie et accentuer ses vulnérabilités économiques et financières. Elle indique qu’elle continuera de suivre étroitement les prix, la demande, la liquidité bancaire et les équilibres extérieurs, tout en se tenant prête à intervenir si nécessaire.
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