Onze semaines de crise. Des ultimatums en cascade. Des menaces sur les réseaux sociaux. Et pourtant, Téhéran ne plie pas. La stratégie de pression maximale de Donald Trump face à l’Iran commence à montrer ses failles — et le sommet de Pékin n’a que partiellement changé la donne.
De retour de Chine, Trump a triomphé : il aurait obtenu de Xi Jinping des convergences sur l’Iran, l’énergie, le commerce. Pékin, de son côté, a raconté un tout autre sommet — centré sur Taïwan et la stabilité stratégique. Pas un mot sur une quelconque coordination active contre Téhéran. La Chine — premier client énergétique de la République islamique — n’a aucune raison d’offrir cette image à Washington. Et elle ne l’a pas offerte.
L’Iran ne peut pas se permettre de céder
Même affaibli militairement par les frappes américaines et israéliennes, le régime iranien ne peut pas signer un accord qui ressemblerait à une capitulation. Ce serait suicidaire politiquement : devant l’opinion iranienne, devant les alliés régionaux, devant l’histoire. La diplomatie du bras de fer fonctionne quand l’adversaire cherche une sortie rapide. Elle se retourne contre elle-même quand elle coince l’autre dans une logique d’honneur et de survie.
Sur Ormuz, Trump a obtenu de Xi que les deux puissances s’accordent sur la nécessité de maintenir le détroit ouvert. Mais cet accord reste de façade : Pékin n’a pas signalé vouloir peser directement sur Téhéran, et l’Iran n’a rien signé. Le passage stratégique — par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial — reste une carte que Téhéran peut toujours jouer. Il n’a pas besoin de gagner. Il lui suffit de tenir.
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Quand la pression rend la négociation impossible
Menaces, insultes, appels à la négociation, nouvelles menaces — le registre erratique de Trump produit un effet pervers : plus l’affrontement est dramatisé publiquement, plus il devient impossible pour Téhéran d’accepter un compromis sans passer pour vaincu.
Washington veut contraindre l’Iran à négocier. Mais la façon dont il le contraint rend la négociation plus difficile. C’est le paradoxe central de cette impasse.
Un dilemme sans bonne sortie
L’Iran n’est pas un partenaire commercial récalcitrant qu’on ramène à la table avec des tarifs douaniers. C’est un régime qui a survécu quarante ans de sanctions, de guerres et d’isolement, et qui sait que sa capacité à perturber les marchés énergétiques vaut une armée de diplomates.
Durcir le ton risque d’aggraver l’impasse ; assouplir sa position exige d’accepter un compromis bien loin de la « victoire totale » promise. Dans les deux cas, l’Iran aura forcé la diplomatie américaine à sortir du spectacle de la force pour affronter la complexité du réel.