Près de 49 000 personnes seraient entrées à Ceuta depuis hier jeudi selon des sources de la Garde civile, un afflux qui a fait au moins 18 morts. Madrid a déployé l’armée et déclaré une urgence humanitaire, tandis que la crise intervient dix jours après un rapprochement diplomatique entre Madrid et Alger.
Au moins 18 migrants sont morts en tentant de rejoindre Ceuta, selon un bilan communiqué vendredi par les autorités espagnoles, en hausse par rapport aux neuf décès annoncés la veille. Beaucoup se sont noyés en tentant la traversée à la nage depuis le Maroc ; plusieurs victimes ont également péri dans la bousculade pour franchir la digue de la plage de Tarajal, selon Rachid Sbihi, responsable d’une association locale de gardes civils, cité par l’Associated Press.
Selon des sources de la Garde civile citées par El Periódico, près de 49 000 personnes seraient entrées à Ceuta depuis le week-end. Le gouvernement de Ceuta avance de son côté un chiffre plus restreint, entre 1 500 et 2 000 entrées sur les dix derniers jours — un écart qui reflète des périmètres et des moments de comptage différents et reste à recouper.
Déploiement militaire et réactions
Face à l’ampleur de la crise, Madrid a déployé l’armée pour renforcer la sécurité dans l’enclave. Le président régional de Ceuta, Jesús Vivas, a déclaré une « urgence humanitaire et sociale absolue » et appelé le gouvernement central à envoyer des renforts. Pedro Sánchez devait se rendre sur place vendredi matin aux côtés de son ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska.
En Italie, la présidente du Conseil Giorgia Meloni a menacé de suspendre l’accord Schengen à frontières ouvertes avec l’Espagne pour « défendre nos frontières et assurer la sécurité de nos citoyens », bien que l’Italie ne partage pas de frontière avec l’Espagne.
Une explication juridique avancée
Une décision du Tribunal suprême espagnol a précisé que les « retours à chaud » ne s’appliquent pas aux personnes interceptées en mer après avoir rejoint Ceuta ou Melilla à la nage, mais seulement à celles arrêtées lors d’un franchissement terrestre. Largement relayée sur les réseaux sociaux marocains dans les jours précédant le 30 juillet, cette décision aurait convaincu de nombreux candidats que la voie maritime offrait de meilleures chances de rester en Espagne.
Selon El País, la présence des forces marocaines chargées de surveiller la frontière aurait par ailleurs fortement diminué pendant plusieurs heures, permettant à des milliers de personnes d’atteindre Ceuta — sans que Madrid n’établisse officiellement de lien avec sa visite à Alger le 20 juillet, dix jours plus tôt.
Un scénario qui rappelle 2021
Cette séquence n’est pas sans précédent. En mai 2021, environ 9 000 à 10 000 migrants étaient entrés à Ceuta en deux jours après un assouplissement des contrôles marocains, quelques jours après l’accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario — un épisode que le Parlement européen avait alors qualifié d’instrumentalisation de la frontière à des fins politiques.
Lire aussi: