Réunis en visioconférence mardi 4 août, les ministres de l’Intérieur des Vingt-Sept ont affiché leur solidarité avec l’Espagne après l’entrée irrégulière de 72 000 migrants à Ceuta le 30 juillet, un afflux qui a fait au moins 72 morts selon Madrid. Sans annoncer de mesure immédiate, ils ont exprimé une volonté commune de renforcer les contrôles aux frontières extérieures et d’accélérer les retours — sans trancher la question, réévoquée, d’éventuels centres de retour hors UE, ni désigner la Tunisie.
72 000 arrivées en quelques heures, un retour presque total en quatre jours
Le 30 juillet, environ 72 000 personnes, majoritairement de jeunes Marocains, ont franchi irrégulièrement la frontière séparant le Maroc de l’enclave espagnole de Ceuta en l’espace de quelques heures, selon les chiffres communiqués par le ministère espagnol de l’Intérieur. Le commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, a résumé la portée de l’épisode en conférence de presse : « ces derniers jours ont testé la résilience européenne et la sécurité de nos frontières extérieures. » Selon lui, ces arrivées massives ont été encouragées par les réseaux de passeurs et par des campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux laissant croire à une ouverture des frontières.
Le bilan humain reste disputé entre les deux rives : Madrid évoque au moins 72 morts, quand Rabat n’en recense que 11 — un écart qui n’a pas été tranché au niveau européen. Dès le 1er août, le ministre espagnol Fernando Grande-Marlaska annonçait un retour à la normale, la quasi-totalité des arrivants ayant depuis été renvoyée au Maroc : environ 70 000 personnes, soit près de 97 % du total, selon les autorités espagnoles.
Plus qu’une réponse à la seule crise de Ceuta, cette réunion marque une accélération d’un débat déjà engagé au sein de l’Union européenne : comment réduire les arrivées irrégulières tout en augmentant le taux de retour des migrants déboutés. Les États membres semblent désormais davantage alignés sur un renforcement des instruments de contrôle et de coopération extérieure.
Une unité affichée, la question de Schengen écartée
La réunion, convoquée à l’initiative de la présidence irlandaise du Conseil de l’UE, a duré près de trois heures. Le ministre français Laurent Nuñez a résumé l’esprit des échanges : « tous les États membres, tous sans aucune exception, ont marqué leur solidarité avec l’Espagne. » Sur le fond, les Vingt-Sept ont écarté l’idée que l’espace Schengen ait été fragilisé par la crise ; le ministre espagnol de l’Intérieur a assuré qu’il n’avait « jamais été en danger, pas même en danger minimal. » Le Danemark a salué la gestion espagnole de la crise.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a par ailleurs rappelé dans un courrier adressé au chef du gouvernement espagnol que les arrivées irrégulières dans l’UE sont en baisse de 55 % sur les deux dernières années et de 37 % depuis le début de 2026 — une manière de replacer l’épisode de Ceuta dans une tendance de fond plutôt qu’une rupture. Les discussions ont porté sur l’accélération des procédures de retour, le renforcement de la coopération avec les pays d’origine et de transit, la lutte contre les réseaux de passeurs et la surveillance des campagnes de désinformation.
Aucune décision concernant la Tunisie
Le débat sur d’éventuels centres de retour situés hors de l’Union européenne a de nouveau été évoqué lors des échanges, dans la ligne défendue depuis plusieurs mois par des États comme l’Italie en faveur d’une dimension extérieure renforcée de la politique migratoire. Mais aucune décision n’a été prise à l’issue de la réunion : aucun pays n’a été désigné pour accueillir de telles structures, et aucun accord n’a été annoncé avec la Tunisie.
Cette précision compte, alors que plusieurs commentaires publiés ces derniers jours laissaient entendre que Tunis pourrait être concernée. À ce stade, rien dans les conclusions de la réunion du 4 août ne va dans ce sens. La Tunisie reste toutefois un partenaire migratoire de l’UE : depuis le mémorandum d’entente signé avec Bruxelles en 2023, la coopération s’est renforcée sur la lutte contre les réseaux de trafic de migrants et l’appui à la gestion des frontières. La crise de Ceuta pourrait accélérer la réflexion européenne sur l’externalisation de certains volets migratoires, sans modifier, à ce stade, les termes de la relation UE-Tunisie.
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