La 8ème édition de Gabès Cinéma Fen a démarré lundi 27 avril 2026 ses rencontres avec la réalisatrice tunisienne de renommée mondiale Kaouther Ben Hania. La rencontre a été présentée au Complexe Culturel Mohamed Bardi par la directrice du Festival international d’Amman Nada Domani.
Lors de cette rencontre, Kaouther Ben Hania a évoqué son style cinématographique particulier : elle repousse les limites, ne reconnaît aucune contrainte et possède une manière bien à elle de mêler documentaire et fiction dans toutes ses œuvres cinématographiques. La plupart de ses films de fiction ont d’ailleurs pour point de départ le documentaire, les frontières ne sont qu’institutionnelles, et le cinéma qu’elle pratique est considéré comme risqué. Ce qui est beau, c’est la controverse que suscitent ses œuvres, et c’est là l’esthétique du cinéma, selon l’expression de Ben Hania.
Avant de réaliser un film, Kaouther Ben Hania part d’un raisonnement fondé sur le « doute », puis se pose la question suivante : comment déconstruire les clichés ? Comment refaire le cinéma ? Puis vient la deuxième question : dois-je réaliser un film purement documentaire ? Ou purement fictionnel ? Ou bien dois-je mélanger les mécanismes du cinéma et les réutiliser sous ces deux aspects ? C’est à partir de ces questions qu’ont vu le jour le film qui lui est le plus cher, Les filles de l’Olfa (2023), puis La Voix de Hind Rajab (2025).
Pour Ben Hania, le cinéma doit avoir un fort impact sur la conscience, car elle ne peut pas réaliser un film avec lequel elle n’entretient pas de relation affective.
Evoquant la genèse du film Les filles d’Olfa, la réalisatrice indique qu’elle a accompagné les personnages de son film c’est-à-dire Olfa et ses filles depuis 2015, date du début du tournage jusqu’au 2022 la fin de la réalisation des dernières scènes. Le film était un pari car il donne la parole à une femme stigmatisée, ainsi qu’à ses filles, et pose la question suivante : « Comment ces jeunes filles ont pensé échapper aux contraintes de la société en rejoignant Daech au nom de la liberté ? ».
Evoquant La voix de Hind Rajab, la réalisatrice a souligné la responsabilité historique liée à cette œuvre. Il a été tourné à une période très sensible, alors que le génocide se poursuivait. Le travail avec les acteurs a été différent : dans le film, il n’y a pas de possibilité de refaire les scènes, car la plupart sont psychologiquement lourdes. Les acteurs ont mémorisé le texte tel qu’il a été enregistré lors de l’appel téléphonique, car cet enregistrement est un document historique qu’il fallait préserver. Ils n’ont entendu les réponses d’Hind que le jour du tournage. « Pour moi, le choix de l’histoire est très important, et la réalisation de ce film a été un défi pour la narration mondiale. Après cela, j’ai découvert l’étendue de notre force et le grand nombre de personnes qui soutiennent le film et la cause. » témoigne Kaouther Ben Hania.
Et d’ajouter: « C’est par le cinéma que la conscience mondiale s’éveille. La situation était délicate, et c’est d’un sentiment de vulnérabilité et d’impuissance face au génocide qui se déroule à Gaza qu’est née l’idée du film. Nous nous sommes immédiatement lancés dans le tournage, et mon expérience du cinéma documentaire m’a aidée à gérer la sensibilité des acteurs face à cette histoire. »
Le film propose un autre récit, une autre narration des faits relayés par d’autres. J’ai essayé de faire entendre notre voix (celle des Arabes) à travers le cinéma, a encore souligné la réalisatrice.
À la fin de la rencontre, Kaouther Ben Hania a mentionné qu’elle a terminé le tournage de son nouveau film, une fiction dont le thème est la légende et l’art du récit (le film était prévu pour 2024, mais elle a reporté pour réaliser La voix de Hind Rajab), Il couvre deux périodes : les années 40 et les années 90 du siècle dernier, le film sera prêt en 2027.
Communiqué