A Dar Meddeb, le Festival Gabès Cinéma Fen dans 8ème édition tisse lentement l’art des fils de la mémoire à travers une exposition intitulée « Costumes en scène : mémoires du cinéma tunisien».
Les vêtements suspendus aux cintres portent l’empreinte de corps des personnages dont la trace est restée imprégnée dans le tissu, dans les plis et dans les boutons qui se sont fermés sur une scène et se sont défaits dans une autre.
Dès le seuil de l’exposition « Costumes en scène : mémoires du cinéma tunisien », cette frontière familière entre le technique et l’esthétique s’estompe.
Assisté par Rim Abbess, le styliste costumier et directeur artistique Salah Barka a conçu et sélectionné des costumes de films qui ont marqué le cinéma tunisien. L’exposition ne se déroule pas comme la mise en valeur d’un archive figée. Les costumes vibrent d’une seconde vie en faisant écho aux rôles incarnés. Ici, le tissu n’est pas un simple objet, mais une mémoire tangible, qui conserve l’empreinte du corps de l’acteur qui l’a traversé, avec ses frémissements, son poids, et ses déchirures que la caméra ne voit pas toujours, mais qui restent gravés dans le tissu.
Dans cette exposition, les costumes relatent un autre langage du cinéma, un langage visuel et tactile à la fois. Entre le fil et l’aiguille, entre un bouton sur le point de se détacher et une robe qui retrouve la posture d’un corps, se forme une archive alternative, plus intime que l’image elle-même. Des questions animent le visiteur dans sa déambulation : Qui a traversé ce costume ? Qui a habité cette robe ? Et quelle histoire est restée suspendue entre sa doublure et ses fils ? Les questions se multiplient et certaines réponses apparaissent dans les extraits de films qui défilent sur les écrans de l’exposition.
Dans un coin de l’exposition, les tenues du Le silence des palais de Moufida Tlatli font revivre cette mémoire féminine à la fois brisée et rebelle. Ces pièces ne sont pas simplement des vêtements d’une époque révolue, mais le prolongement des corps de femmes qui ont vécu dans l’ombre et se sont rebellées en silence.
À proximité, les costumes du film Khashkash de Salma Baccar s’ouvrent sur d’autres tensions, où le corps devient un lieu de négociation permanente avec la société et le pouvoir. Les tissus sont plus tranchants, les lignes plus tendues, comme si les vêtements eux-mêmes vivaient un conflit entre ce qu’on veut qu’ils soient et ce qu’ils tentent d’exprimer. Ici, les costumes ne se contentent pas d’habiller les personnages, ils les démasquent, révèlent leur fragilité et proclament leur désarroi.
Autre point fort de l’exposition, la scénographie signée Malek Gnaoui crée un parcours sensoriel qui fait du visiteur une partie intégrante de l’expérience. Cette interactivité avec le visiteur est aussi illustrée par une invitation à endosser le rôle d’un costumier et d’apposer leur empreinte sur une robe blanche, que chacun contribue à orner de tissus et de boutons.
Dans cette exposition, vous ne vous promenez pas parmi les pièces en simple spectateur, mais vous les traversez, comme si vous pénétriez dans une mémoire qui ne vous appartient pas tout à fait, mais qui vous saisit et vous laisse endosser le rôle des personnages qui ont habité ces habits.
À travers chaque détail, l’exposition nous murmure que le cinéma ne se conserve pas seulement dans les images et les bobines, mais aussi dans ces vestiges muets qui, malgré leur silence, recèlent une multitude d’histoires.
Par cette exposition, Gabès Cinéma Fen rend vie aux films qui ont marqués le cinéma tunisien par le costume mais aussi rend hommage aux soldats de l’ombre méconnus du septième art celui qui conceptualise l’histoire et enrichit le jeu de l’acteur à travers un simple habit.
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