Aujourd’hui, une marche sur l’avenue de la Liberté m’a mis face à un arbre calciné, un trognon d’arbre sacrifié sur l’autel de nos civilités, un cadavre de jacaranda abandonné sur la voie publique enserré dans un anneau de fer, étouffant aussi parce que le terreau qui nourrit ses racines est de toute évidence pollué.
Je sors rarement indemne de ces confrontations avec le délitement de ma ville natale, celle où je continue à vivre impuissant, un peu comme un zombie qui ne renaît ni ne meurt. J’avance alors dans une ville où je me sens chez moi mais foncièrement étranger, piégé, otage presque d’une déroute que je subis.
Heureusement qu’il me reste quelques repères, quelques lieux et visages auxquels je me raccroche désespérément. C’est peut-être à la recherche d’un rayon de soleil que je me suis rendu jusqu’à l’immeuble des Marmousets, celui où a vécu mon regretté ami Francesco Ingrassia. Je cherche des yeux les fameux marmousets, ces gargouilles qui ornent les hauteurs de la façade de l’édifice.
Je les revois comme pour me rassurer, les soupèse du regard, détaille leurs grimaces puis passe mon chemin. Au rendez-vous de l’absurde, j’ai tant d’interlocuteurs muets et de cachettes secrètes que je suis parfois seul à voir. Peut-être un jour, dans mes délires intimes, sèmerais-je des pierres des osselets ou des billes ? Comme un petit poucet qui montrerait des chemins invisibles dans une forêt écrasée par la nuit.
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