Le cœur de Tunis ressemble à un cimetière. Il y a quelques années, j’avais eu la même impression en visitant Hammam-Lif, une ville dont la plupart des repères ont été effacés.
Quelques pas sur l’avenue de France me révèlent le délabrement inouï de cette artère pourtant sillonnée chaque jour par des milliers de touristes. Trottoirs crasseux, rideaux de fer baissés, immeubles en pleine débandade : comment accepter que deux édifices en ruines balisent les deux versants de cette avenue ?
Il y a à peine cinquante ans, elle alignait sur ses deux rives le centre culturel américain, le British Council et le Goethe-Institut. Il y a cinquante ans, Saliba, Tournier, Sakati, Ennajah qui furent parmi les plusieurs grandes librairies de Tunis, se trouvaient toutes ici.
Toutes les images de l’avenue de France m’assaillent. Le Café du Maghreb, le kiosque à journaux d’Ali Ben Yahia, madame Cohen Tannugi respectée par tous les riverains, Raymond Barre allant à pied vers le Chez Nous pour y déjeuner, le Café Carthage sous les arcades, la Javanaise et ses glaces, les tissus multicolores du Prince de Galles, le Magasin général bien sûr et aussi les vespasiennes devant lesquelles se bousculaient les cochers du Tunis d’antan.
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