À quelques jours de l’ouverture du 79e Festival de Cannes, qui se tiendra du 12 au 23 mai 2026, l’annonce de la composition du jury vient préciser l’un des éléments structurants de cette édition. Comme chaque année, ce jury aura la responsabilité de décerner la Palme d’or, ainsi que l’ensemble des prix de la Compétition officielle.
Cette année, la présidence a été confiée au réalisateur, scénariste et producteur sud-coréen Park Chan-wook, entouré de huit personnalités issues d’horizons cinématographiques et culturels variés, confirmant la volonté du Festival de maintenir une diversité de regards dans l’attribution de son palmarès : Demi Moore, Ruth Negga, Laura Wandel, Chloé Zhao, Diego Céspedes, Isaach De Bankolé, Paul Laverty et Stellan Skarsgård.
Park Chan-wook, une présidence inscrite dans l’histoire de Cannes
Figure majeure du cinéma contemporain, Park Chan-wook s’est imposé par une œuvre marquée par des partis pris esthétiques et narratifs affirmés. Son cinéma, souvent qualifié de viscéral et subversif, explore des univers sombres, où se mêlent violence, sensualité et questionnements moraux, sans jamais se détourner d’une portée sociale.
Son lien avec le Festival remonte à 2004, lorsque Old Boy (2003) obtient le Grand Prix, marquant une reconnaissance internationale décisive. Depuis, ses passages en Compétition se sont régulièrement traduits par des distinctions, notamment avec Thirst, ceci est mon sang (2009) (Prix du Jury 2009) et Decision to Leave (2022) (Prix de la Mise en scène 2022), tandis que Mademoiselle (2016) était également présenté en compétition en 2016.
Son œuvre, traversée par des motifs récurrents comme la vengeance — particulièrement dans sa trilogie composée de Sympathy for Mister Vengeance (2002), Old Boy (2003) et Lady Vengeance (2005) —, témoigne aussi d’une influence hitchcockienne perceptible jusqu’à Stoker (2013) et à son film plus récent Aucun autre choix (2025). Il est également souvent rappelé que cette trilogie n’avait pas été conçue comme telle à l’origine, mais s’est imposée progressivement comme un ensemble cohérent dans la réception critique.
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Demi Moore, entre statut d’icône et redéfinition de carrière
Aux côtés de Park Chan-wook, Demi Moore rejoint le jury après une période récente marquée par un regain de visibilité. Actrice et productrice américaine, elle a tenu le rôle principal dans The Substance (2024) de Coralie Fargeat (Prix du Scénario, Festival de Cannes 2024), une performance qui lui a valu des récompenses aux Golden Globes, aux SAG Awards et aux Critics’ Choice Awards, ainsi que des nominations aux BAFTA et aux Oscars.
Sa carrière est également marquée par un épisode souvent cité dans l’histoire d’Hollywood : son cachet pour Striptease (1996), qui avait atteint un niveau record pour une actrice à l’époque, participant à ouvrir un débat sur les rémunérations féminines dans l’industrie. Elle a fait son retour dans la saison deux de la série Landman, renouvelée pour une saison trois et apparaîtra dans I Love Boosters de Boots Riley, film ayant déjà suscité des critiques élogieuses, ainsi que dans Strange Arrivals de Roger Ross Williams, aux côtés de Colman Domingo. Elle a précédemment tourné dans la deuxième saison de Feud : Les Trahisons de Truman Capote. Demi Moore reste associée à des films comme Ghost (1990), Des hommes d’honneur (1992), Proposition indécente (1993) et À armes égales (1997), qui ont contribué à définir son image à différentes périodes de sa carrière.
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Ruth Negga, une trajectoire entre continents et disciplines
Pour Ruth Negga, la reconnaissance internationale passe notamment par Loving (2016) de Jeff Nichols (Compétition, Festival de Cannes 2016), qui lui vaut une nomination aux Oscars. Née en Éthiopie, élevée en Irlande et en Angleterre, elle développe un parcours marqué par cette pluralité culturelle.
Elle s’impose également au théâtre, avec une nomination aux Laurence Olivier Awards pour Duck, et incarne le rôle-titre dans une production de Hamlet à Dublin puis à New York, un choix de distribution notable pour ce rôle traditionnellement masculin. Elle décroche ensuite une nomination aux Tony Awards pour Macbeth. Au cinéma, elle participe à Passing (2021) de Rebecca Hall, qui lui vaut une nomination aux Golden Globes et un Independent Spirit Award. À la télévision, elle joue dans Présumé innocent, pour lequel elle est nominée aux Emmy Awards, ainsi que dans Preacher, où elle tient le rôle principal et est coproductrice exécutive, confirmant un engagement qui dépasse le seul jeu d’actrice.
Laura Wandel, un ancrage cannois et une approche immersive
Le parcours de Laura Wandel est directement lié au Festival. Scénariste et réalisatrice belge, formée à l’Institut des Arts de Diffusion (IAD), elle débute en 2010 en coréalisant O Négatif avec Gaëtan D’Agostino, avant de signer seule Les Corps étrangers (2014), sélectionné en Compétition courts métrages au Festival de Cannes la même année.
Elle revient à Cannes en 2021 avec son premier très beau long métrage Un monde (2021), présenté dans la section Un Certain Regard, où il remporte le prix FIPRESCI. Le film est également présélectionné pour l’Oscar du meilleur film international et décroche sept récompenses aux Magritte du Cinéma. Son travail repose sur une approche réaliste et immersive, caractérisée notamment par une mise en scène qui place la caméra à hauteur d’enfant et supprime toute distance avec les personnages. Elle réalise ensuite L’Intérêt d’Adam (2025), avec Léa Drucker, développé à La Résidence du Festival de Cannes et sélectionné pour ouvrir la Semaine de la Critique. Elle travaille actuellement sur son prochain long métrage.
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Chloé Zhao, une trajectoire entre indépendance et grands studios
Née à Pékin, Chloé Zhao, scénariste, réalisatrice, monteuse et productrice, s’est imposée dans le cinéma mondial par une trajectoire singulière. Dès son premier film, Les chansons que mes frères m’ont apprises (2015), elle attire l’attention de nombreux festivals, notamment Sundance et Cannes, avant de poursuivre avec The Rider (2017).
Elle réalise ensuite Nomadland (2021), qui remporte notamment les Oscars du meilleur film et de la meilleure réalisation, faisant d’elle la deuxième femme à obtenir cette distinction. Elle enchaîne avec Les Éternels (2021) pour Marvel Studios, puis revient à un cinéma plus intime avec Hamnet (2025), qui reçoit plusieurs récompenses, dont le Golden Globe du meilleur film dramatique et le BAFTA du meilleur film britannique. Une constante de son travail réside dans l’utilisation d’acteurs non professionnels et dans son attention aux territoires réels, souvent intégrés comme éléments centraux du récit. Elle a lancé la société de production Book of Shadows en 2023 et Kodansha Studios en 2025.
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Diego Céspedes, un parcours construit à Cannes
Diego Céspedes incarne une trajectoire étroitement liée aux dispositifs du Festival. Lauréat du Premier Prix de la Cinéfondation à Cannes avec L’Été du lion électrique (2018), il poursuit son parcours avec Les Créatures qui fondent au soleil (2022), présenté à la Semaine de la Critique.
Il obtient ensuite le Prix Un Certain Regard en 2025 pour son premier long métrage Le Mystérieux Regard du flamand rose (2025), développé à La Cinef. Ses films, projetés à San Sebastián, Sundance et Toronto, mêlent des récits intimes et politiquement engagés autour du désir, de l’identité et des familles de cœur. Son cinéma se caractérise par un mélange de réalisme et d’éléments fantastiques, explorant des espaces marginaux et des communautés émotionnelles. Il développe actuellement son deuxième long métrage, The Case of a Boy Who Lost His Heart.
Isaach De Bankolé, une carrière entre fidélités artistiques et cinéma international
Acteur international, Isaach De Bankolé a commencé sa carrière en France, notamment avec Black mic-mac (1987), qui lui vaut le César du Meilleur espoir masculin. Il développe ensuite une collaboration durable avec la réalisatrice Claire Denis, apparaissant dans Chocolat (1988) (Compétition, Festival de Cannes 1988), S’en fout la mort (1992), White Material (2010) et plus récemment Le Cri des Gardes.
Parallèlement, il entame un compagnonnage avec Jim Jarmusch, avec qui il tourne plusieurs films, dont Night on Earth (1991) et Ghost Dog : La Voie du samouraï (1999) (Compétition, Festival de Cannes 1999). Il participe ensuite à des productions internationales telles que Casino Royale (2006) ou Miami Vice (2006), ainsi qu’aux films Black Panther (2018 et 2022). Il sera prochainement à l’affiche de Dune : Troisième partie de Denis Villeneuve.
Paul Laverty, une écriture au long cours liée à Cannes
Scénariste, Paul Laverty collabore depuis plus de trente ans avec Ken Loach et la productrice Rebecca O’Brien. Il est notamment le scénariste de deux Palmes d’or, Le Vent se lève (2006) et Moi, Daniel Blake (2016).
Avant de se consacrer au cinéma, il a travaillé dans le domaine des droits humains, un élément souvent mentionné pour éclairer les thématiques sociales présentes dans ses scénarios. Il a écrit quatorze films pour Ken Loach, dont onze sélectionnés en Compétition officielle à Cannes, parmi lesquels My Name is Joe (1998), Looking for Eric (2009), La Part des anges (2012) et The Old Oak (2023). Il collabore également avec la réalisatrice espagnole Icíar Bollaín, avec qui il a notamment signé Même la pluie (2010), L’Olivier (2016) et Yuli (2018).
Stellan Skarsgård, une présence entre cinéma d’auteur et grandes productions
Acteur reconnu, Stellan Skarsgård est lauréat d’un Golden Globe et nommé aux BAFTA et aux Oscars. Il se fait connaître à l’international avec Breaking the Waves (1996) (Grand Prix, Festival de Cannes 1996), avant d’enchaîner des rôles dans des films aussi variés que Will Hunting (1997), Melancholia (2011) (Compétition, Festival de Cannes 2011), Mamma Mia! (2008) ou encore les franchises Thor (2011) et Avengers.
Il a récemment été à l’affiche de Valeur sentimentale (2025) de Joachim Trier (Grand Prix, Festival de Cannes 2025), pour lequel il a reçu une nomination aux Oscars, et poursuit une présence régulière dans des productions internationales comme Dune – Deuxième partie (2024) et la série Andor.
Un aspect souvent relevé dans son parcours est sa trajectoire familiale : plusieurs de ses enfants sont également devenus acteurs, notamment Alexander Skarsgård et Bill Skarsgård, ce qui en fait une famille très présente dans le cinéma contemporain.
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Un jury chargé de départager 22 films en compétition
Ce jury aura pour mission de décerner la Palme d’or parmi les 22 films en compétition lors de cette 79e édition. Il succédera ainsi au jury présidé par Juliette Binoche, qui avait récompensé en 2025 Un simple accident (2025) de Jafar Panahi.
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Le palmarès sera dévoilé le samedi 23 mai 2026 lors de la cérémonie de clôture, retransmise en direct par France Télévisions en France et par Brut. à l’international.
À travers cette composition, le Festival de Cannes réunit des parcours qui croisent différentes générations, différentes pratiques du cinéma et différents espaces géographiques. Mais au-delà de cette diversité, une interrogation demeure : ces expériences, construites parfois en partie à Cannes même, orienteront-elles une lecture particulière des films en compétition, ou révéleront-elles au contraire des lignes de fracture inattendues dans l’appréciation du cinéma contemporain ?
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