La Tunisie fait face à une pression croissante en matière de gestion des déchets. Devant le Parlement, le ministre de l’Environnement, Habib Abid, a dressé, aujourd’hui, un état des lieux préoccupant, révélant l’ampleur des volumes produits et les défis structurels liés à leur traitement, tout en appelant à un sursaut collectif pour surmonter les blocages.
Une production massive et un système sous pression
Chaque année, la Tunisie génère environ 3,3 millions de tonnes de déchets ménagers, collectés par les municipalités à l’aide d’un parc de plus de 3400 véhicules, un niveau qui met à rude épreuve les capacités de gestion existantes.
Face à cette réalité, le système actuel repose principalement sur les décharges contrôlées, considérées comme un levier essentiel pour lutter contre la prolifération des dépôts anarchiques.
17 décharges contrôlées, mais une couverture incomplète
Le pays compte actuellement 17 décharges contrôlées opérationnelles, dont 11 gérées par l’Agence nationale de gestion des déchets et 6 sous la responsabilité des municipalités.
Ces installations permettent de traiter près de 2,8 millions de tonnes de déchets, soit une grande partie des volumes produits annuellement. Toutefois, le ministre a précisé que le rôle de son département se limite essentiellement à la réception et à l’acheminement des déchets vers ces sites, laissant apparaître des limites dans la chaîne globale de gestion.
Certaines régions restent par ailleurs dépourvues d’infrastructures adaptées, accentuant les déséquilibres territoriaux.
Le défi de l’acceptation sociale
Au-delà des contraintes techniques et logistiques, un obstacle majeur persiste : le refus des populations locales d’accueillir des infrastructures de traitement à proximité de leurs lieux de vie.
Le ministre a ainsi évoqué le phénomène dit du « Not In My Backyard » (NIMBY), soulignant que cette opposition freine considérablement la mise en œuvre des projets. Il a appelé les députés à jouer un rôle actif dans la sensibilisation des citoyens afin de favoriser l’acceptation de ces équipements pourtant indispensables.
Entre volumes en hausse, infrastructures insuffisantes et résistances sociales, les autorités sont confrontées à une équation complexe qui nécessite des réponses structurelles et une mobilisation collective.