Le marché automobile tunisien révèle un paradoxe de plus en plus visible : alors que les autorités encouragent la transition énergétique et l’adoption de véhicules électriques et hybrides, les importations de voitures d’occasion via le marché parallèle continuent de progresser.
Intervenant mercredi sur les ondes de Mosaïque FM, Ibrahim Debbache, président de la Chambre nationale des constructeurs et des concessionnaires automobiles, a indiqué que plus de 90.000 voitures ont été importées en Tunisie en 2025. Sur ce total, 63.000 véhicules ont été introduits via les concessionnaires officiels, tandis qu’une part importante correspond à des voitures d’occasion importées via des circuits parallèles.
Un marché parallèle en expansion
D’après les données présentées par les professionnels du secteur, le phénomène s’est accentué récemment.
Au début de l’année 2026, environ 2.500 voitures ont été importées via le marché parallèle, soit une hausse de 23 % par rapport à janvier 2025.
Dans le même temps, les importations de voitures neuves par les concessionnaires ont reculé de 14 %, avec 3.300 véhicules seulement importés sur la même période.
Cette évolution traduit un déséquilibre croissant entre le marché organisé et les circuits informels. Selon Ibrahim Debbache, pour quatre voitures neuves importées légalement, une voiture d’occasion entre désormais sur le territoire via le marché parallèle.
Un impact direct sur la transition énergétique
Cette situation inquiète les professionnels du secteur automobile, car les véhicules introduits via ces circuits sont généralement âgés de quatre à cinq ans et équipés de moteurs thermiques.
Autrement dit, alors que la Tunisie cherche à réduire la dépendance aux carburants fossiles et à encourager les véhicules électriques et hybrides, l’essor du marché parallèle contribue à renforcer la présence de voitures thermiques sur les routes.
Les concessionnaires estiment que ce phénomène risque de freiner les efforts engagés par l’État pour orienter le marché vers des motorisations plus propres.
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L’hybride pourrait devancer l’électrique
Par ailleurs, les professionnels anticipent une évolution des préférences des consommateurs. Malgré les incitations prévues dans la loi de finances 2026, notamment la réduction des droits de douane sur les véhicules électriques et hybrides, l’adoption des voitures 100 % électriques pourrait rester limitée.
La principale raison avancée est le manque d’infrastructures de recharge à l’échelle nationale, qui continue de susciter des réticences chez de nombreux acheteurs.
Dans ce contexte, les voitures hybrides pourraient gagner du terrain, car elles offrent une solution intermédiaire permettant de combiner motorisation électrique et carburant traditionnel.
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Les concessionnaires appellent à une intervention
Face à cette situation, les professionnels du secteur demandent la tenue d’une réunion urgente avec le ministère du Commerce afin d’examiner les moyens de mieux encadrer le marché automobile.
Ils estiment que la régulation du marché parallèle sera déterminante pour préserver l’équilibre du secteur et accompagner les objectifs de transition énergétique fixés par les autorités.
Le marché automobile tunisien compte aujourd’hui 45 concessionnaires représentant différentes marques, dans un contexte où la demande des consommateurs évolue progressivement, notamment vers les véhicules hybrides.
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