Limogeage surprise au sommet de l’État, dossier énergétique explosif en arrière-plan : l’affaire Zenith Energy s’invite désormais dans le débat politique tunisien. Une question circule avec insistance : ce contentieux international a-t-il pesé dans l’éviction récente de la ministre de l’Industrie Fatma Thabet Chiboub ?
Officiellement, rien ne lie la décision du président Kaïs Saïed à ce litige pétrolier. Le communiqué de la présidence est resté sobre, sans justification détaillée. Mais dans les cercles économiques et juridiques, la concomitance des événements intrigue.
Un tournant sensible
Car au même moment, l’affaire Zenith connaît un tournant sensible. Dans le cadre de la procédure d’arbitrage engagée devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, des documents officiels tunisiens ont reconnu — au moins partiellement — les droits de la société sur certaines concessions, notamment Robbana et El Bibane. Plus encore, plusieurs milliers de barils produits depuis 2022 ont été explicitement considérés comme appartenant à l’entreprise.
Cette reconnaissance, même encadrée, constitue un rebondissement majeur. Elle offre à Zenith un argument de poids pour soutenir sa thèse d’entrave à l’exploitation, voire d’expropriation indirecte. En face, la Tunisie se retrouve dans une position plus délicate : défendre sa souveraineté énergétique tout en assumant des éléments écrits pouvant être interprétés contre elle.
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Le dossier n’en est pas à son premier épisode. Après une décision arbitrale favorable à Tunis dans un volet du litige, Zenith a contre-attaqué en déposant un recours en annulation devant le Tribunal fédéral suisse, évoquant un possible conflit d’intérêts au sein du tribunal. Résultat : loin de s’éteindre, l’affaire change de terrain et gagne en intensité juridique.
Gestion du dossier, arbitrages internes, communication …
Dans ce contexte, le limogeage de la ministre de l’Industrie prend une autre dimension. Le portefeuille qu’elle dirigeait couvre précisément les hydrocarbures, un secteur directement concerné par le contentieux. Difficile, dès lors, d’ignorer les interrogations : gestion du dossier, arbitrages internes, communication avec les instances internationales… autant de paramètres qui peuvent peser, en coulisses, sur une décision politique.
Aucune preuve formelle ne permet d’établir un lien direct. Mais la chronologie alimente les spéculations. D’un côté, un litige à plus de cent millions de dollars, désormais fragilisé par des éléments de reconnaissance. De l’autre, un changement brusque à la tête du ministère en charge du secteur.
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L’affaire Zenith n’est plus seulement un différend juridique autour du pétrole. Elle devient un révélateur des tensions entre gouvernance politique, souveraineté économique et crédibilité internationale. Et dans cette équation, chaque rebondissement — juridique ou politique — pèse un peu plus lourd.
Résumé de l’affaire
L’affaire Zenith Energy oppose la Tunisie à cette société pétrolière autour de concessions exploitées dans le pays : l’entreprise accuse l’État d’avoir bloqué ses activités, empêché la commercialisation du pétrole et porté atteinte à ses droits, tandis que Tunis invoque le respect de sa souveraineté et de sa réglementation.
Le différend, porté devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, a connu plusieurs rebondissements, dont une décision partiellement favorable à la Tunisie suivie d’un recours de Zenith, dans un dossier où des éléments récents ont aussi montré une reconnaissance limitée de certains droits de la société sur des concessions et des volumes produits.