Alors que le Ramadan 2026 s’ouvre sous le signe d’une nouvelle tension sur les viandes rouges, un contraste saisissant apparaît entre les étals du pays. Dans plusieurs régions, le prix de l’agneau dépasse déjà 65 dinars le kilo et pourrait franchir les 70 dinars au cours du mois saint. Même la viande régulée proposée par la Société Ellouhoum autour de 42,9 dinars peine à rassurer des ménages confrontés à un pouvoir d’achat sous pression.
À Tataouine, le jeune dromadaire — le “Gaâoud” — s’écoule entre 29 et 30 dinars le kilo, avec une dizaine d’abattages quotidiens depuis les premiers jours du Ramadan. Longtemps considérée comme régionale, cette viande apparaît désormais comme la seule à rester durablement accessible.
Une économie locale devenue réponse nationale
La viande cameline n’est pas nouvelle dans le Sud. Adapté au climat aride, le dromadaire y constitue depuis toujours un élevage rationnel, moins dépendant des pluies et du coût des aliments importés que les filières bovine et ovine. Tant que les prix restaient équilibrés, cette consommation demeurait culturellement située : au Nord, le mouton dominait ; au Sud, il coexistait avec le camelin.
La hausse continue des coûts a modifié cet équilibre. Raréfaction du cheptel, recul des importations et renchérissement de l’alimentation animale ont progressivement transformé la viande rouge en produit de plus en plus occasionnel. Dans ce contexte, l’écart de prix devient déterminant : une viande vendue presque moitié moins chère cesse d’être un choix culturel pour devenir un arbitrage économique.
Le phénomène prend une dimension particulière durant le Ramadan, période où la demande culinaire révèle les réalités du marché. Là où certaines viandes deviennent festives, d’autres prennent un rôle de stabilisation quotidienne.
Une filière désormais encouragée
Cette évolution n’est pas uniquement le fruit du marché. Les autorités encouragent depuis plusieurs mois le développement de la filière cameline. À Tataouine, le cheptel approche aujourd’hui les 13.000 têtes, et la région contribue à hauteur d’environ 2500 tonnes à la production nationale, soit près de 2,3% du total. Des projets d’engraissement et l’organisation progressive de la distribution au-delà du Sud accompagnent cette dynamique. L’objectif affiché n’est pas de remplacer l’agneau, mais de limiter la volatilité des prix de la viande rouge.
Dans un secteur fragilisé — près de 3000 boucheries ont fermé depuis 2018 — le dromadaire apparaît ainsi comme une ressource locale capable d’amortir les chocs d’approvisionnement. Le “Gaâoud”, notamment la variété “Ardhawi” réputée pour sa saveur, quitte progressivement son statut de produit de terroir pour acquérir une fonction économique.
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