Israël ou l’Etat anti-juif

Des rabbins manifestent à Paris contre Israël
L’Etat d’Israël vient de réussir, soixante-dix ans après sa création, un doublé magistral : le 14 mai 2018 et avec l’appui de Donald Trump, il désigne la ville sainte de Jérusalem comme « sa vraie capitale », puis neuf semaines plus tard, la Knesset adopte une loi définissant le pays comme « l’Etat-nation du peuple juif ». Contrairement à ce que l’on croit savoir, ces deux mesures ont porté préjudice aux personnes de confession juive.

De tout temps, les Juifs ont sans cesse suscité l’antipathie et la haine chez ceux qui n’appartiennent pas à leur communauté. Ces derniers les jalousent d’être le premier peuple auquel Dieu s’adressa par l’intermédiaire de ses prophètes. Certains iront même jusqu’à dire que « les gens n’aiment pas les Juifs car ils ont inventé le concept du Dieu unique », concept qui limitait les chances de rédemption et de pardon à une époque où le polythéisme était fortement ancré dans la société.

Fidèles à leur croyance, solidaires les uns envers les autres et commerçants avisés, les « enfants d’Israël » se sont rapidement immiscés dans les rouages économiques des pays où ils vivaient. Sentant là une menace, Pharaon et l’empereur romain Titus les chassèrent respectivement d’Egypte et de Jérusalem. C’est alors que débuta la diaspora juive.

Vivons cachés, vivons… presque heureux

L’humoriste français, Pierre Desproges, a dit : « L’humanité se divise en deux catégories, les Juifs et les antisémites ». Une citation qui prête au rire et à l’exagération mais qui prend tout son sens lorsqu’elle est associée aux pogroms et aux souffrances qu’ont subis les Juifs à travers l’Histoire. Néanmoins, ces derniers ont vécu, pendant plus de dix siècles, en parfaite harmonie avec les arabes de confession musulmane. Bien que les deux peuples ne s’unissaient que très rarement par le mariage ou par le sang, il y avait une telle symbiose entre eux qu’elle est, aujourd’hui, synonyme d’utopie. Malheureusement, l’atmosphère n’était pas aussi sereine en Europe.

Au début du XXème siècle, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Union Soviétique souffrent d’une gestion économique désastreuse de la part de leurs dirigeants. En effet, les colonies et les guerres coûtent une fortune sans pour autant rassasier un peuple qui ne mange plus à sa faim. Afin d’éviter une révolte des classes populaires, les haut-commis de ces nations ont désigné, directement ou indirectement, les Juifs comme étant les responsables de cette débâcle. Un bouc émissaire idéal puisque les Juifs sont connus pour exceller dans les affaires, vivre cachés et loin des « goys » (non-juifs).

Dès lors, les actes antisémites en tout genre sont devenus monnaie courante et parfois même légaux : affaire Dreyfus et régime de Vichy en France, fuite des Ashkénazes russes (Juifs d’origine khazar) vers la Pologne, montée du national-socialisme en Allemagne sous la houlette d’un certain Adolf Hitler et, enfin, déclaration en 1917 du Premier ministre du Royaume-Uni, Arthur Balfour (antisémite notoire), sur sa volonté de créer « un foyer national juif en terre de Palestine ». Vous l’aurez sans doute compris, la création d’Israël n’est que le fruit de l’antisémitisme britannique.

Et le sionisme dans tout ça ?

L’idée d’un Etat pour les Juifs n’était au départ qu’un moyen de se débarrasser de cette communauté « parasite » mais aussi de mater les mouvements nationalistes arabes qui se sont soulevés contre l’oppression de l’Empire ottoman. Lord Balfour voulait, ainsi, faire d’une pierre deux coups. En revanche, il avait besoin de l’appui de personnalités juives influentes pour mener son projet à bien. Balfour alla donc voir Lionel Rotschild, un puissant membre de la bourgeoisie financière britannique et sioniste de surcroît.

Contrairement aux idées reçues et proférées par les actuels dirigeants d’Israël, le sionisme n’est en aucun cas le fer de lance du judaïsme. C’est un courant idéologique fondé en 1896 par Theodor Herzl qui prône le retour des Juifs à Sion, une colline de Jérusalem. Il est important de noter que même si le sionisme tire profit de l’histoire du judaïsme, il ne respecte nullement ses principes fondamentaux dictés dans la Torah et le Talmud.

Pour preuve, il est dit dans le Talmud, au traité Sanhedrin 98a, que « le fils de David (le Messie) ne viendra pas tant que la plus insignifiante forme de gouvernement existera au milieu du peuple Juif ». Le grand rabbin Rashi a expliqué ce passage talmudique de la façon suivante : « Cela signifie qu’aucune souveraineté gouvernementale juive ne doit exister, pas même la plus mineure ou insignifiante forme d’un régime quelconque ».

Comment peut-on, alors, affirmer qu’Israël est « l’Etat nation-juif » si l’existence de celui-ci contredit les saintes écritures ? Simplement parce que les Occidentaux sont aveuglés par la culpabilité qu’ils ont envers les Juifs depuis 1945 et qu’ils ne savent pas, pour la plupart, différencier le sionisme du judaïsme. En fin de compte, leur soutien à l’Etat sioniste est injuste envers les Juifs et immoral envers les Palestiniens.

Du fantasme nazi au projet pharaonique

En s’accaparant l’identité et la souffrance d’un peuple si longtemps opprimé, les sionistes ont su dompter les grandes puissances de ce monde afin d’imposer leur régime totalitaire et vindicatif. Bien qu’ils soient eux-mêmes juifs sur le papier, ils n’obéissent pas, comme le stipule la Torah, aux commandements divins et préfèrent se rebeller contre un dieu qui les a condamné à errer éternellement du fait de leurs péchés. Rejoindre la « Terre promise » est, donc pour eux, une manière de défier Dieu.

Mais la création d’Israël ne s’est pas faite du jour au lendemain car il fallait d’abord convaincre les nations hostiles à ce projet, notamment la France qui avait des intérêts en Syrie et au Liban, puis les Juifs du monde entier. Dans cette optique, le génocide perpétré par Hitler a été du pain bénit pour les sionistes, car trois ans après la fin de la guerre, Israël est né.

L’étape suivante consistait à peupler ce nouveau territoire désertique afin de coloniser, petit à petit, les terres palestiniennes. L’un des plus grands instigateurs de ce projet colonial a été le roi du Maroc, Hassan II. Dès son intronisation, le jeune monarque s’est empressé d’instaurer un climat antisémite pour se débarrasser de la puissante et influente communauté juive de Casablanca. Une pratique, bien entendu, encouragée par Israël qui a accueilli des milliers de juifs marocains au début des années 60.

Ces derniers ont été parqués dans des kibboutz invivables en plein désert. Pendant des années, les Juifs venus des quatre coins du globe ont subi le régime autoritaire et la maltraitance de leurs « frères » israéliens sans être en mesure de revenir à leur terre natale. Car, à l’époque, les guerres avec les pays arabes s’étaient intensifiées et l’antisémitisme prenait de plus en plus d’ampleur.

Aujourd’hui, les deux grands projets de Benjamin Netanyahu et ses sbires sont d’anéantir ce judaïsme traditionnel soumis à la volonté divine en assimilant au sionisme tous les Juifs de la planète puis d’expulser, à la manière de Pharaon, tous les arabes israéliens des terres illégalement conquises. Entre-temps, les sionistes fantasment sur l’œuvre sordide d’Adolf Hitler en faisant vivre aux Palestiniens le sort des déportés dans les camps de concentration. Tout ceci sous l’œil indifférent de l’Organisation des nations « désunies ».

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 06/08/2018

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