La Tunisie poursuit ses discussions avec le China-Africa Development Fund (CADFund), un fonds d’investissement chinois spécialisé dans les projets africains. Lors d’une réunion tenue le 14 juillet à Pékin avec Abdelkhalek Dhakkar, chargé de la coopération économique et de l’investissement à l’ambassade de Tunisie en Chine, Li Shibao, directeur du bureau Afrique du Nord et Afrique de l’Est du CADFund, a réaffirmé l’intérêt du fonds pour les opportunités d’investissement en Tunisie et évoqué un soutien financier et technique aux projets de petites et moyennes entreprises (PME).
Cette annonce traduit une volonté de renforcer la coopération économique entre les deux pays. Mais signifie-t-elle que les entreprises tunisiennes pourront bientôt accéder à un nouveau mécanisme de financement ?
Pourquoi le CADFund n’est pas une banque classique
Créé en 2007 et placé sous l’égide de la Banque de développement de Chine, le China-Africa Development Fund est l’un des principaux instruments de soutien aux investissements chinois en Afrique. Après l’annonce d’une dotation supplémentaire de 5 milliards de dollars en 2015, la taille prévue du fonds a été portée à 10 milliards de dollars.
Contrairement à une banque de développement classique, le CADFund intervient principalement par des prises de participation au capital des entreprises et des projets. Il peut également recourir à des instruments de quasi-capital, investir dans d’autres fonds et apporter des services de conseil en matière de financement et de structuration.
Sa mission consiste d’abord à accompagner les entreprises chinoises investissant en Afrique et à rapprocher partenaires chinois et africains. Il peut toutefois également investir dans des entreprises africaines et dans des projets de coopération associant les deux parties.
Selon les dernières données communiquées par la China Development Bank, le CADFund avait engagé, fin août 2025, plus de 8,7 milliards de dollars dans 39 pays africains, contribuant à mobiliser plus de 32,8 milliards de dollars d’investissements et de financements d’entreprises chinoises sur le continent.
Le fonds cible notamment l’agriculture, l’industrie manufacturière, les infrastructures, les parcs industriels et le développement des ressources. Les projets sont sélectionnés en fonction de leur intérêt stratégique, de leur équilibre financier et de leur viabilité à long terme.
Une coopération engagée depuis mars 2026
Les échanges entre la Tunisie et le CADFund ne datent pas de cette semaine.
Fin mars 2026, une délégation conduite par Li Shibao s’était rendue en Tunisie pour rencontrer les responsables de la FIPA-Tunisia et de l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (APII). Les discussions avaient porté sur les opportunités d’investissement offertes par la Tunisie ainsi que sur les secteurs susceptibles d’intéresser les entreprises chinoises.
Le fonds a ensuite participé au Tunisia Investment Forum des 25 et 26 juin 2026 avant cette nouvelle réunion organisée à Pékin le 14 juillet.
À chaque étape, les échanges se sont intensifiés. Lors de la dernière rencontre, les deux parties ont examiné les moyens de renforcer leur coopération économique ainsi que les possibilités d’un soutien financier et technique à des projets portés par des PME opérant dans des secteurs prioritaires.
En revanche, aucun projet identifié, aucun montant d’investissement et aucun calendrier de mise en œuvre n’ont été annoncés.
Les PME tunisiennes devront encore patienter
À ce stade, aucun mécanisme spécifique permettant aux PME tunisiennes de solliciter le CADFund n’a été annoncé. La documentation du fonds indique toutefois qu’il est ouvert aux entreprises éligibles et que les projets peuvent être recommandés par les gouvernements ou les organismes concernés. En pratique, son intervention reste principalement orientée vers les investissements chinois en Afrique et vers les projets africains associés à des partenaires chinois.
Les autorités n’ont pas précisé si les entreprises tunisiennes concernées devront être associées à des partenaires chinois, ni si le soutien prendra la forme de prises de participation, de cofinancements ou d’un accompagnement technique.
Autrement dit, les discussions engagées depuis plusieurs mois ouvrent une perspective de coopération, mais ne constituent pas encore un dispositif opérationnel de financement.
Pour transformer cette coopération en investissements concrets, la Tunisie devra présenter des projets suffisamment structurés, rentables et compatibles avec la stratégie du CADFund. Le fonds investissant avant tout dans des projets à fort potentiel économique, la qualité des dossiers sera déterminante.
Les prochains mois permettront de mesurer si ce rapprochement diplomatique débouche sur des réalisations concrètes ou s’il reste au stade des intentions.
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