Face à la multiplication des coupures d’électricité durant l’été et à la pression exercée par les vagues de chaleur sur le réseau national, le débat sur les solutions de stockage de l’énergie revient au premier plan. Pour l’Organisation tunisienne des énergies propres, le recours aux batteries de stockage, associé au déploiement des compteurs intelligents, constitue désormais un levier stratégique pour renforcer la résilience du système électrique tunisien.
Invité ce jeudi 30 juillet 2026 sur les ondes de la Radio nationale, le membre du bureau exécutif de l’Organisation tunisienne des énergies propres, Omar Beltaïeb, a estimé que la question des batteries ne devait pas être abordée sous le seul angle commercial. Selon lui, leur intégration doit bénéficier à l’ensemble du système électrique national, à la collectivité ainsi qu’à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG).
Il a plaidé pour une approche globale afin de répondre durablement aux défis du changement climatique et de limiter les interruptions de courant, soulignant que les solutions individuelles ne suffiront pas à résoudre les tensions actuelles sur le réseau.
Un investissement encore coûteux
Selon Omar Beltaïeb, l’installation d’une centrale photovoltaïque résidentielle nécessite un investissement compris entre 15.000 et 20.000 dinars.
À cela s’ajoute le coût des batteries destinées à stocker l’électricité produite. Pour une autonomie d’environ trois heures, le prix atteint actuellement près de 12.000 dinars.
L’expert estime toutefois qu’une réduction des droits de douane et des taxes sur les batteries importées pourrait faire chuter leur prix entre 6.000 et 8.000 dinars, améliorant ainsi leur accessibilité pour les ménages et les investisseurs.
Il considère également que le propriétaire pourrait amortir cet investissement grâce à la vente de l’électricité stockée à la STEG durant les périodes de forte consommation, à condition que les mécanismes réglementaires le permettent.
Les compteurs intelligents, un maillon indispensable
Pour Omar Beltaïeb, la généralisation des batteries ne peut être dissociée du déploiement des compteurs intelligents. Ces équipements permettent de mesurer la consommation en temps réel, de faciliter les échanges d’électricité avec le réseau et, à terme, d’optimiser la gestion des pics de consommation.
Cette vision rejoint d’ailleurs les orientations actuellement engagées par la STEG dans le cadre de son programme « Smart Grid ».
Où en est la Tunisie ?
La Tunisie a considérablement accéléré le déploiement des compteurs intelligents au cours de l’année 2026. Selon le PDG de la STEG, près de 80.000 compteurs intelligents avaient déjà été installés à la fin du mois de mars dans plusieurs zones pilotes, notamment à Tunis Est, Sousse, Sfax, Kerkennah et Béja.
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L’objectif affiché est désormais beaucoup plus ambitieux. La STEG prévoit l’installation d’environ 500.000 compteurs intelligents d’électricité et de gaz dans une première phase, avant une généralisation progressive pouvant atteindre près de cinq millions de compteurs à l’horizon 2035. Ce projet représente un investissement estimé à environ 400 millions de dinars.
Ces nouveaux compteurs doivent notamment mettre fin aux estimations de consommation en permettant une facturation basée sur les données réelles, mais aussi faciliter l’intégration des énergies renouvelables distribuées et améliorer la gestion du réseau électrique.
La STEG prépare également le stockage à grande échelle
Parallèlement au développement des installations individuelles, la STEG travaille aussi sur des solutions de stockage centralisées.
En 2026, l’entreprise publique a lancé un appel d’offres international pour la réalisation de systèmes de stockage par batteries (BESS) totalisant 300 MW de puissance et 600 MWh de capacité, répartis sur plusieurs sites du réseau national. L’objectif est de renforcer la stabilité du réseau, mieux intégrer les énergies renouvelables et disposer de réserves mobilisables lors des pics de demande.
Un changement de paradigme
Les récentes vagues de chaleur, qui ont poussé la consommation nationale à des niveaux records et entraîné plusieurs délestages, ont mis en évidence les limites du modèle électrique actuel.
Dans ce contexte, les batteries de stockage, les compteurs intelligents et les réseaux électriques intelligents apparaissent comme des composantes complémentaires d’une même stratégie. Les batteries permettent de stocker l’énergie produite par les panneaux photovoltaïques lorsque la production est abondante, tandis que les compteurs intelligents rendent possible une gestion dynamique des flux d’électricité entre les consommateurs, les producteurs et la STEG.
Pour les spécialistes du secteur, l’enjeu dépasse désormais la simple réduction de la facture énergétique : il s’agit d’améliorer la sécurité d’approvisionnement du pays, de réduire la dépendance aux combustibles fossiles et d’accompagner l’objectif national de développement des énergies renouvelables fixé à 5.000 MW de capacité installée à l’horizon 2030.