La justice tunisienne rouvre l’un des dossiers sécuritaires les plus sensibles de ces dernières années : l’évasion de cinq détenus classés dangereux de la prison de Mornaguia. L’affaire est examinée par la chambre spécialisée dans les dossiers de terrorisme, dans un contexte marqué par de lourdes responsabilités administratives et pénales.
La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme près le tribunal de première instance de Tunis a entamé l’examen du dossier relatif à l’évasion de cinq détenus de la prison civile de Mornaguia. Les accusés impliqués dans cette évasion, actuellement incarcérés, comparaissent à distance depuis leur lieu de détention devant un collège de magistrats spécialisés.
Une évasion qui avait ébranlé l’appareil sécuritaire
Le dossier avait déjà été inscrit au rôle en décembre dernier, avant d’être renvoyé à la demande de la défense, qui avait sollicité un délai supplémentaire pour préparer ses arguments. À cette occasion, la juridiction avait rejeté plusieurs requêtes de remise en liberté.
Les faits remontent à la fin octobre 2023, lorsque le ministère de l’Intérieur avait annoncé, à l’aube, la fuite de cinq détenus considérés comme particulièrement dangereux, dont certains impliqués dans des affaires de terrorisme. L’événement avait provoqué une onde de choc au sein de l’opinion publique et des institutions sécuritaires.
Les détenus concernés sont Nader Ghanmi, Amer Belaâzi, Ahmed Melki, connu sous le surnom d’« Al-Somali », Raed Touati et Alaa Eddine Ghazouani.
Une traque rapide et des arrestations successives
Quatre des fugitifs avaient été localisés et arrêtés quelques jours plus tard dans la zone montagneuse de Boukornine, dans le gouvernorat de Ben Arous. Le cinquième avait été interpellé auparavant dans le quartier d’Ettadhamen, mettant fin à une cavale qui avait mobilisé d’importants moyens sécuritaires.
Ces arrestations n’avaient toutefois pas clos le dossier, qui s’est rapidement élargi aux circonstances et aux éventuelles complicités ayant permis cette évasion.
Des responsabilités administratives et pénales en cause
À la suite de l’incident, la ministre de la Justice avait ordonné l’ouverture d’enquêtes administratives afin d’identifier les manquements et d’établir les responsabilités. Dans ce cadre, le juge d’instruction près le pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme avait émis des mandats de dépôt contre neuf agents pénitentiaires de différents grades, soupçonnés d’être impliqués ou d’avoir failli dans leurs missions.
L’examen judiciaire de ce dossier devrait permettre de faire la lumière sur les défaillances ayant conduit à cette évasion spectaculaire et de fixer les responsabilités à tous les niveaux.
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