Malgré un ralentissement de l’inflation, la Banque centrale de Tunisie (BCT) ne desserre pas encore sa politique monétaire. Réuni ce mercredi 29 juillet 2026, son Conseil d’administration a décidé de maintenir le taux directeur à 7 %, estimant que les pressions inflationnistes demeurent élevées et que les déséquilibres extérieurs continuent de peser sur l’économie tunisienne.
Au-delà de cette décision, le communiqué de la BCT apporte plusieurs éléments qui expliquent pourquoi une baisse des taux n’est pas encore à l’ordre du jour.
Lire aussi: Bourse de Tunis : Après le décrochage du matin, le TUNINDEX clôture en hausse
Pourquoi le recul de l’inflation ne convainc-il pas encore la BCT ?
L’inflation a poursuivi son ralentissement, s’établissant à 5,3 % en juin 2026, contre 5,5 % en mai. Cette amélioration s’explique principalement par le ralentissement de la hausse des prix des produits alimentaires frais, dont l’inflation est revenue à 11,2 %, contre 13,2 % le mois précédent.
Mais pour la Banque centrale, cet indicateur global ne suffit pas à rassurer. L’inflation sous-jacente – c’est-à-dire hors produits alimentaires frais et produits à prix administrés – reste stable à 5 % pour le troisième mois consécutif. Cet indicateur est particulièrement suivi, car il reflète les tensions durables sur les prix, indépendamment des variations saisonnières de certains produits.
Autrement dit, si l’inflation globale ralentit, c’est principalement grâce au reflux des prix alimentaires frais. Le noyau dur de l’inflation, lui, demeure inchangé.
La facture énergétique pèse toujours sur les équilibres du pays
L’autre enseignement du communiqué concerne les comptes extérieurs du pays.
Au premier semestre 2026, le déficit courant s’est creusé à 4,241 milliards de dinars, contre 2,844 milliards un an plus tôt. Selon la BCT, cette dégradation s’explique essentiellement par la facture énergétique, qui a atteint un niveau record de 8,502 milliards de dinars à fin juin, contre 6,370 milliards un an auparavant.
À l’inverse, hors énergie, la balance courante affiche un excédent de 2,538 milliards de dinars. Pour la Banque centrale, cette situation confirme que la dépendance énergétique demeure le principal facteur de déséquilibre des comptes extérieurs.
Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la volatilité persistante des prix du pétrole, l’institution préfère donc maintenir une politique monétaire prudente afin d’éviter un retour des pressions inflationnistes.
Lire aussi: Électricité : Deux transformateurs et une station maritime pour renforcer le réseau
Une baisse des taux n’est pas encore d’actualité
La Banque centrale rappelle également que le remboursement, en juillet, de l’Eurobond de 700 millions d’euros a réduit les réserves en devises, qui s’établissaient à 23,4 milliards de dinars au 28 juillet, soit l’équivalent de 92 jours d’importation.
Elle insiste sur la nécessité de préserver ces réserves, de réduire durablement le déficit énergétique et de poursuivre les réformes destinées à renforcer l’investissement, la production ainsi que la sécurité énergétique et alimentaire du pays.
En maintenant son taux directeur à 7 %, la BCT privilégie donc la prudence. Pour l’institution, le ralentissement de l’inflation constitue un signal encourageant, mais il reste insuffisant tant que les tensions sous-jacentes sur les prix persistent, que la facture énergétique continue de peser sur les comptes extérieurs et que les réserves en devises demeurent sous pression.