Le Maroc est devenu la première puissance industrielle d’Afrique selon l’Indice d’industrialisation en Afrique 2025 publié par la Banque africaine de développement. La Tunisie, déjà quatrième dans la précédente édition, conserve son rang dans le haut du classement continental, derrière le Maroc, l’Afrique du Sud et l’Égypte.
Présenté lors des Assemblées annuelles de la BAD à Brazzaville, ce classement évalue le développement industriel de 54 pays africains sur la période 2010-2024. Il prend notamment en compte la diversification économique, les exportations manufacturières, les infrastructures, le financement et l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales.
Selon la BAD, 41 pays africains ont amélioré leur score d’industrialisation entre 2010 et 2024, tandis que la performance industrielle moyenne du continent a progressé de 6 %. Mais l’Afrique reste marginale dans l’industrie mondiale, avec moins de 2 % de la production manufacturière et 1,4 % des exportations manufacturières mondiales.
Le Maroc détrône l’Afrique du Sud
Ce rapport marque un tournant dans la hiérarchie industrielle du continent. L’Afrique du Sud, longtemps installée en tête de l’indice, cède désormais son rang au Maroc, porté par l’essor de secteurs comme l’automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables et des exportations industrielles fortement orientées vers l’Europe.
L’Afrique du Nord confirme ainsi son poids dans l’industrialisation du continent. Quatre des cinq premières places reviennent à des pays du Maghreb ou d’Afrique du Nord, l’Afrique du Sud étant le seul pays subsaharien à figurer dans ce peloton de tête.
La Tunisie confirme son rang
Pour la Tunisie, l’information principale est moins une progression qu’une confirmation. Déjà classée quatrième dans la précédente édition de l’indice, qui couvrait la période 2010-2019, elle conserve son rang dans le nouveau classement 2025, élargi à la période 2010-2024. Dans le détail, la Tunisie obtient un score de 0,7760 en 2024, contre 0,8415 pour le Maroc et 0,8396 pour l’Afrique du Sud, ce qui illustre un classement resserré en tête mais encore dominé par les deux premiers.
Ce maintien confirme la résilience d’un tissu industriel diversifié, malgré les difficultés économiques, les tensions budgétaires et le ralentissement de l’investissement observés ces dernières années. Le pays conserve des positions solides dans les industries mécaniques et électriques, les composants automobiles, le textile technique, ainsi que certaines activités pharmaceutiques et électroniques.
Lire aussi: La Tunisie, 4ème pays le plus industrialisé d’Afrique ! (2023)
Un rang solide, des défis toujours ouverts
Le rapport souligne aussi le poids croissant de l’Afrique du Nord, qui a attiré 56 % des investissements industriels africains recensés par le baromètre associé à l’indice, entre 2020 et 2025, principalement autour du Maroc et de l’Égypte.
Ce positionnement favorable ne masque pas plusieurs fragilités. La Tunisie reste confrontée à des difficultés liées à la compétitivité, à la logistique, au financement industriel et à la montée en gamme technologique.
Contrairement au Maroc, qui a multiplié les investissements dans les grands écosystèmes industriels et les infrastructures portuaires et automobiles, la Tunisie peine encore à attirer des projets industriels de très grande taille susceptibles de transformer profondément sa structure économique.
Le classement de la BAD met ainsi en lumière un paradoxe tunisien : le pays conserve une base industrielle reconnue à l’échelle africaine, mais cherche encore le modèle capable d’accélérer sa modernisation et sa capacité d’innovation dans un contexte mondial de reconfiguration des chaînes de production.
Lire aussi: