La chambre d’accusation spécialisée dans les affaires de corruption financière près la Cour d’appel de Tunis a ordonné, ce lundi, le renvoi de l’ancien ministre des Affaires étrangères Rafik Bouchlaka devant la chambre criminelle du pôle judiciaire économique et financier.
Selon une source judiciaire citée par l’agence TAP, l’ancien ministre, actuellement en fuite, est poursuivi pour abus de fonction ayant causé un préjudice matériel à l’administration afin d’obtenir un avantage indu, ainsi que pour détournement de fonds publics placés sous sa responsabilité.
Cette décision met fin à la phase d’instruction dans ce dossier et ouvre la voie à son examen par la chambre criminelle. Elle ne constitue pas un jugement sur le fond de l’affaire.
Un don d’un million de dollars au cœur du dossier
L’affaire trouve son origine dans un don d’un million de dollars accordé par la Chine en 2013 et versé sur un compte bancaire spécial relevant du ministère des Affaires étrangères.
D’après les éléments de l’instruction, ces fonds auraient été gérés en dehors des procédures légales et n’auraient pas été affectés à leur finalité d’intérêt général. Les investigations évoquent notamment le financement de séjours dans plusieurs hôtels en Tunisie, de voyages en Italie ainsi que d’achats sans lien avec les missions du ministère, au moyen de chèques tirés sur ce compte.
L’enquête fait également état d’irrégularités dans la gestion des fonds publics, notamment le recours à des fournisseurs et prestataires sans respecter les procédures en vigueur. Les magistrats instructeurs citent en outre un contrat conclu avec Mekdad Majri pour des prestations au profit du ministère, sans appel d’offres, les paiements ayant été effectués à partir du même compte bancaire.
Selon le dossier, des employés du ministère auraient aussi retiré des chèques à leur nom avant d’en reverser les montants à d’autres fonctionnaires, avec l’accord de Rafik Bouchlaka, présenté comme le seul habilité à signer ces chèques. L’instruction mentionne enfin que des personnes extérieures au ministère auraient également encaissé des chèques tirés sur ce compte.
Plusieurs procédures visant l’ancien ministre
Le renvoi devant la chambre criminelle intervient alors que Rafik Bouchlaka est déjà visé par plusieurs autres procédures judiciaires. Le 13 juillet 2026, sa condamnation à trois ans de prison dans l’affaire du financement étranger d’Ennahdha a été confirmée en appel.
Il a également été condamné par contumace dans le dossier Instalingo et figure parmi les prévenus renvoyés devant la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme dans le dossier dit du « complot », aux côtés d’autres personnalités politiques.
La chambre criminelle du pôle judiciaire économique et financier sera désormais chargée d’examiner l’affaire du « don chinois » et de statuer sur les faits reprochés à l’ancien ministre.
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