Pendant des décennies, Agil a incarné le modèle traditionnel d’une compagnie pétrolière nationale : importer, stocker et distribuer des carburants. Aujourd’hui, ce modèle est appelé à évoluer. Face à la transition énergétique mondiale et aux objectifs de décarbonation, la société publique affirme vouloir devenir un acteur des énergies renouvelables plutôt qu’un simple distributeur de produits pétroliers.
L’annonce intervient alors que la Tunisie cherche à réduire sa dépendance énergétique. Le pays importe une part importante de ses besoins en hydrocarbures, une situation qui alourdit le déficit énergétique et expose l’économie aux fluctuations des cours internationaux.
Une transformation devenue presque incontournable
Lors d’une intervention en marge de la journée professionnelle de la Global Initiative for Governance (GiGS), le PDG d’Agil, Khaled Bettine, a annoncé que l’ensemble des stations de la société devraient progressivement être équipées de panneaux photovoltaïques. L’objectif affiché est double : réduire la consommation électrique des installations et préparer les infrastructures à l’arrivée d’un plus grand nombre de véhicules électriques.
L’entreprise prévoit également l’installation de 35 nouvelles bornes de recharge, après une première phase de 35 équipements déjà déployés. Une troisième tranche d’une trentaine de bornes est également annoncée.
Ces investissements traduisent une volonté d’anticiper l’évolution du marché automobile, même si les voitures électriques demeurent encore marginales en Tunisie.
Le véritable défi dépasse les bornes de recharge
L’installation de bornes électriques constitue une étape visible, mais elle ne représente qu’une partie de l’équation.
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Le développement de la mobilité électrique dépend aussi de plusieurs facteurs : le coût encore élevé des véhicules, la disponibilité de modèles adaptés au marché tunisien, les incitations fiscales, la capacité du réseau électrique national ainsi que l’origine de l’électricité consommée.
Autrement dit, multiplier les bornes ne suffira pas, à lui seul, à transformer les habitudes de mobilité.
De nouveaux métiers pour les compagnies pétrolières
La stratégie annoncée par Agil s’inscrit dans une évolution mondiale. De nombreuses entreprises pétrolières investissent désormais dans la production d’électricité, le solaire, les biocarburants ou encore l’hydrogène afin d’anticiper une baisse progressive de la consommation des carburants fossiles.
Pour Agil, cette mutation représente aussi un changement culturel. L’entreprise devra développer de nouvelles compétences, investir dans des technologies différentes et faire évoluer son modèle économique.
L’hydrogène : ambition ou perspective lointaine ?
Le PDG de l’entreprise a également évoqué un futur recours à l’hydrogène dans les transports maritimes puis, à terme, dans l’aviation, où il pourrait remplacer progressivement le kérosène.
Cette perspective reste toutefois éloignée. À l’échelle mondiale, l’hydrogène destiné aux transports lourds demeure en phase de développement et nécessite des investissements considérables dans la production, le stockage, le transport et les infrastructures.
Pour la Tunisie, le défi est donc moins d’annoncer cette technologie que de créer les conditions permettant son émergence.
Une transition qui sera jugée sur les résultats
Les annonces d’Agil témoignent d’une volonté d’accompagner la transition énergétique engagée par la Tunisie. Mais elles soulèvent aussi une question essentielle : le pays est-il prêt à passer d’une économie largement dépendante des hydrocarbures à un modèle fondé sur les énergies propres ?
Au-delà des effets d’annonce, c’est la mise en œuvre des projets, leur calendrier, leur financement et leur impact réel sur la consommation énergétique nationale qui permettront de mesurer si cette transformation marque un véritable tournant ou constitue avant tout une adaptation progressive à un marché mondial en pleine mutation.